Proverbes latins
Les proverbes latins sont des sentences héritées de la Rome antique, de la Bible traduite en latin ou des juristes et lettrés du Moyen Âge, qui continuent de circuler en français, souvent dans une traduction devenue proverbiale elle-même. Beaucoup ont la concision du latin, qui dit beaucoup en peu de mots. Voici une sélection, regroupée par thème, avec la forme latine lorsqu’elle est bien établie.
Sagesse et mesure
Des goûts et des couleurs il ne faut pas disputer
Forme scolastique : De gustibus et coloribus non est disputandum. Les préférences personnelles ne se démontrent pas ; il est vain d’en débattre.
Autant d’hommes, autant d’avis différents
Le latin Quot homines, tot sententiae se lit déjà chez le poète comique Térence, dans Phormion.
Vivre d’abord, philosopher ensuite
Primum vivere, deinde philosophari : avant de spéculer, il faut assurer sa subsistance.
Être content de son sort, voilà la plus grande richesse
L’idée est développée par Cicéron dans ses Paradoxes des stoïciens : la vraie richesse tient à la modération des désirs.
Il faut naître roi ou fou pour faire ce que l’on veut
Sénèque emploie la formule aut regem aut fatuum nasci oportet au début de l’Apocoloquintose, sa satire de l’empereur Claude.
Le droit et la justice
Une part importante de ces maximes vient du droit romain et de ses commentateurs ; certaines restent des principes juridiques vivants.
À l’impossible nul n’est tenu
Ad impossibilia nemo tenetur : on ne peut exiger de quiconque une obligation impossible à exécuter.
Nul n’est tenu de s’accuser soi-même
Nemo tenetur se ipsum accusare fonde le droit de ne pas contribuer à sa propre incrimination.
Personne ne doit être juge de sa propre cause, parce qu’on ne peut être juge et partie
C’est l’adage Nemo judex in causa sua, socle de l’exigence d’impartialité du juge.
Personne ne peut être condamné pour ses idées
Le Digeste rapporte la règle d’Ulpien Cogitationis poenam nemo patitur : la seule pensée n’est pas punissable.
Les autres et soi-même
Qui trouve un ami, trouve un trésor
La sentence vient du livre biblique de l’Ecclésiastique (Siracide), transmis en latin par la Vulgate.
Le chien ne mange pas le chien
Les semblables s’épargnent entre eux ; l’expression est déjà attestée chez l’érudit romain Varron.
L’aigle ne prend pas les mouches
Aquila non capit muscas : un esprit supérieur dédaigne les petites querelles.
Les dieux aident ceux qui agissent
Proche de notre « Aide-toi, le ciel t’aidera » : la chance sourit à qui prend l’initiative.
Savoir et santé
Celui qui écrit, lit deux fois
Qui scribit bis legit : écrire oblige à comprendre et fixe la mémoire.
Le sage n’affirme rien qu’il ne puisse prouver
Une règle de prudence intellectuelle que la science moderne n’a pas démentie.
Celui qui vit selon les conseils du médecin, vit misérablement
Qui medice vivit, misere vivit : l’excès de précautions gâche l’existence. Le proverbe raille, mais ne dispense pas de consulter.
Le bon vin réjouit le cœur de l’homme
L’image vient du Psaume 104 (103 dans la Vulgate) : vinum laetificat cor hominis.
Comment lire ces proverbes
Les attributions précises sont parfois incertaines : beaucoup de « proverbes latins » sont des adages médiévaux ou des maximes de juristes plutôt que des citations d’auteurs classiques. Ils valent avant tout comme mémoire collective, transmise par l’école et par le droit.


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