Au revoir
« Au revoir » : ces deux mots, prononcés par Valéry Giscard d’Estaing à la fin de son allocution télévisée du 19 mai 1981, sont restés comme l’une des scènes les plus célèbres de la vie politique française. Battu par François Mitterrand à l’élection présidentielle, le président sortant faisait ses adieux aux Français avant de se lever et de quitter le champ de la caméra, qui continuait de filmer son fauteuil vide.
Le contexte
Élu président de la République en 1974, Valéry Giscard d’Estaing se représente en 1981. Au second tour, le 10 mai, il est battu par François Mitterrand, candidat du Parti socialiste, qui obtient environ 52 % des voix. C’est la première alternance de la Ve République au profit de la gauche. La passation de pouvoirs est prévue pour le 21 mai. Deux jours avant, le président sortant s’adresse une dernière fois aux Français à la télévision, depuis l’Élysée.
L’allocution
Dans ce message, Giscard d’Estaing dresse le bilan de son septennat et insiste sur le caractère démocratique de la transmission du pouvoir, assurant qu’il accueillera lui-même son successeur. Il conclut en souhaitant que « la Providence veille sur la France », puis prononce son « Au revoir ». Il se lève alors, tourne le dos et sort du cadre. La caméra reste fixée sur le bureau et la chaise vide pendant que retentit La Marseillaise.
Pourquoi cette scène a-t-elle tant marqué ?
- La mise en scène : le plan sur la chaise vide, inhabituel à la télévision, a été perçu par beaucoup comme théâtral, voire comme le geste d’un homme blessé par sa défaite ;
- le vocabulaire : l’appel à la Providence, mot à forte connotation religieuse, a surpris dans la bouche d’un président de la République laïque ;
- la puissance de l’image : à l’ère de la télévision, l’image a pris le pas sur le contenu du discours, et c’est elle que retiennent la mémoire collective, les imitateurs et les humoristes.
Valéry Giscard d’Estaing a par la suite présenté cette sortie comme un choix de mise en scène destiné à donner du mouvement à son intervention, sans parvenir à effacer l’impression qu’elle avait laissée.
La postérité
L’« Au revoir » de 1981 fait partie des archives télévisées les plus souvent rediffusées et parodiées. Il fait écho à une autre formule célèbre de Giscard d’Estaing, lancée à François Mitterrand lors du débat télévisé de 1974 : « Vous n’avez pas, monsieur Mitterrand, le monopole du cœur. » Sa carrière ne s’est pas arrêtée en 1981 : il a ensuite été député, président de la région Auvergne, puis président de la Convention sur l’avenir de l’Europe au début des années 2000, et il a été élu à l’Académie française en 2003. Il est mort le 2 décembre 2020. La scène reste un cas d’école sur le rôle de l’image dans la communication politique.


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