C'est la journée des dupes
Auteur présumé : Guillaume Bautru, en novembre 1630
« C’est la journée des dupes » est le mot par lequel le courtisan Guillaume Bautru aurait qualifié les événements des 10 et 11 novembre 1630, lorsque Louis XIII, que l’on croyait décidé à renvoyer le cardinal de Richelieu, lui renouvela au contraire sa confiance. L’expression désigne depuis toute situation où ceux qui se croyaient vainqueurs découvrent qu’ils ont été joués par les événements.
Le contexte : Richelieu face au parti dévot
Principal ministre de Louis XIII depuis 1624, Richelieu s’emploie à renforcer l’autorité royale. Il fait assiéger La Rochelle, principale place forte protestante, qui capitule en 1628, et s’oppose à la puissance des Habsbourg d’Espagne et d’Autriche, notamment en Italie du Nord lors de la guerre de Succession de Mantoue.
Face à lui se dresse le « parti dévot », mené par la reine mère Marie de Médicis et par le garde des Sceaux Michel de Marillac. Ses partisans souhaitent la paix avec l’Espagne catholique et une politique tournée vers les réformes intérieures, en invoquant la misère du royaume et le poids des impôts. Marie de Médicis, qui avait favorisé l’ascension de Richelieu, réclame désormais son renvoi.
Le déroulement des deux journées
Au palais du Luxembourg, sa résidence parisienne, Marie de Médicis presse son fils de congédier le cardinal. Richelieu, entré à l’improviste pendant l’entretien, essuie la colère de la reine mère. La nouvelle de sa disgrâce se répand aussitôt, et les courtisans se pressent autour de Marie de Médicis pour célébrer sa victoire.
Mais Louis XIII se retire à Versailles, dans son pavillon de chasse, et y fait venir Richelieu, auquel il confirme sa confiance. Les dupes sont alors ceux qui avaient cru trop tôt à la chute du ministre.
Les conséquences
- Michel de Marillac perd les Sceaux et est arrêté ; son frère, le maréchal Louis de Marillac, est arrêté à son tour, jugé, puis exécuté en 1632.
- Marie de Médicis, éloignée de la cour, s’enfuit en 1631 vers les Pays-Bas espagnols ; elle ne reviendra jamais en France et meurt en exil à Cologne en 1642.
- Richelieu, conforté, reste principal ministre jusqu’à sa mort, en décembre 1642, et poursuit sa politique contre les Habsbourg.
La portée de l’épisode et le sens de l’expression
Pour les historiens, la journée des dupes marque un tournant du règne : le roi fait passer la raison d’État avant les liens familiaux et montre que la décision lui appartient. Derrière les cris, les larmes et les coups de théâtre de la cour se dessine l’affirmation d’un pouvoir royal de plus en plus absolu.
Le mot est traditionnellement attribué à Guillaume Bautru, homme d’esprit apprécié de Richelieu et membre de la première Académie française, sans que cette attribution soit établie avec certitude. Dans la langue courante, une « journée des dupes » désigne aujourd’hui un retournement inattendu, au terme duquel ceux qui croyaient l’emporter se retrouvent perdants.

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