La France vit au-dessus de ses moyens

« La France vit au-dessus de ses moyens » est une formule prononcée par Raymond Barre en 1976, peu après sa nomination comme Premier ministre, pour justifier un plan de rigueur destiné à freiner l’inflation et à rétablir les équilibres économiques. Restée célèbre, elle est depuis régulièrement reprise dans les débats sur la dette publique, les déficits et le niveau de vie du pays.
Auteur : Raymond Barre, en 1976
Le contexte : la fin de la croissance facile
En 1976, la France sort des Trente Glorieuses sans encore le savoir. Le premier choc pétrolier de 1973 a fait bondir le prix de l’énergie ; l’inflation, supérieure à 10 % par an en 1974 et 1975, reste proche de ce niveau, le chômage augmente et le franc est fragilisé. En août 1976, Jacques Chirac démissionne de Matignon. Le président Valéry Giscard d’Estaing le remplace par Raymond Barre, professeur d’économie et ancien vice-président de la Commission européenne, présenté comme l’un des meilleurs économistes du pays. Barre cumule la fonction de Premier ministre avec celle de ministre de l’Économie et des Finances.
Le plan Barre
À l’automne 1976, le nouveau gouvernement présente un plan de lutte contre l’inflation. Le diagnostic de Barre tient dans la formule restée célèbre : les revenus et les dépenses progressent plus vite que la production réelle du pays. Le plan comporte notamment :
- un gel temporaire des prix ;
- la modération de la hausse des salaires et des revenus ;
- des hausses d’impôts et de taxes, en particulier sur les carburants ;
- la volonté de défendre la valeur du franc et de limiter le déficit public.
D’autres plans suivront jusqu’en 1981. Le ton professoral du Premier ministre et la rigueur de sa politique le rendent très impopulaire.
Le sens de la formule
Dire qu’un pays « vit au-dessus de ses moyens », c’est affirmer qu’il consomme et dépense davantage qu’il ne produit, et qu’il finance la différence par l’endettement ou par l’inflation. Le diagnostic vise à la fois l’État, les ménages et les entreprises. La formule a le mérite de la simplicité, mais ses détracteurs lui reprochent de faire porter l’effort sur les salariés et de négliger les causes extérieures de la crise, au premier rang desquelles la hausse du pétrole.
Un bilan discuté
Le plan Barre n’a pas vaincu l’inflation, relancée par le second choc pétrolier de 1979, et le chômage a continué de progresser. Ses défenseurs soulignent qu’il a amorcé une politique de stabilité monétaire et de lutte contre les déficits, que d’autres gouvernements poursuivront dans les années 1980. Raymond Barre quitte Matignon en mai 1981, après l’élection de François Mitterrand.
Une formule toujours actuelle
Depuis, l’expression revient à chaque débat sur les finances publiques, que ce soit pour appeler à la réduction des dépenses ou pour dénoncer les politiques d’austérité. Elle est devenue l’une des phrases emblématiques de la vie politique française de la Ve République.




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