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La justice et le droit: plaisante justice qu’une rivière borne!Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà

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132Voilà une exclamation surprenante, qui a rendu perplexe plus d’un lecteur. Pascal, subtil moraliste du XVIIe siècle, dénonce ici la préten­tion de la justice humaine qui se veut universellement bonne. Car que constate-t-il ?

Que la justice des hommes est variable selon les temps, les cultures et les lieux. Nul droit international n’est en vue à cette époque, tout au plus des règlements locaux destinés à maintenir l’ordre ou la paix. Il suffit de traverser une simple rivière ou une chaîne de montagnes (les « Pyrénées ») pour entendre prononcer une sentence différente à l’égard d’un même crime : ce qui est légal ici se trouve interdit là-bas ! De telles contradictions ne sont pas uniquement dues aux différences culturel­les ; elles illustrent surtout la faiblesse des institutions qui varient selon les rapports de pouvoir et les intérêts. Voilà une justice fort plaisante, par conséquent, qui s’accommode aisément de la volonté des puissants et dont les plus habiles peuvent jouer à leur gré.

Pourtant, de part et d’autre de la frontière, tous se croient détenteurs de la Vérité. Les hommes sont en effet si convaincus de leur bon droit qu’ils accusent d’erreur ceux qui vivent selon d’autres préceptes. Faut-il conclure au relativisme ? Loin de là. Pascal critique en réalité les justices particulières, conventionnelles, au nom d’un idéal de justice qu’il a à l’es­prit et auquel il ne peut renoncer. Car les institutions judiciaires ont beau être variables, la justice divine, elle, n’en demeure pas moins universelle.

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