La philosophie : Ne pas railler , ne pas pleurer , ne pas haïr , mais comprendre

« Ne pas railler, ne pas pleurer, ne pas haïr, mais comprendre » est une formule du philosophe Baruch Spinoza (1632-1677). On la trouve dans son Traité politique, au premier chapitre, où il explique avoir pris soin « de ne pas tourner en dérision les actions humaines, de ne pas les déplorer, de ne pas les détester, mais de les comprendre ». En latin : non ridere, non lugere, neque detestari, sed intelligere. Elle résume une attitude philosophique : regarder les passions humaines avec la lucidité d’un savant plutôt qu’avec le jugement d’un moraliste.
Le contexte de la citation
Le Traité politique, resté inachevé, est publié après la mort de Spinoza, en 1677. Dès les premières pages, Spinoza reproche aux philosophes de traiter les passions comme des vices dont les hommes seraient coupables, de les tourner en ridicule, de s’en lamenter ou de les maudire, et de décrire ainsi une nature humaine imaginaire plutôt que les hommes tels qu’ils sont. Il veut au contraire étudier la politique à partir de la nature humaine réelle, avec ses passions, comme on étudie les phénomènes de la nature.
Trois attitudes rejetées
Chaque verbe de la formule vise une posture face aux faiblesses humaines :
- railler : la moquerie du satiriste, qui se croit au-dessus de ceux qu’il ridiculise ;
- pleurer : la plainte du pessimiste, qui déplore la misère humaine sans rien y changer ;
- haïr : la condamnation du moraliste, qui maudit les hommes de n’être pas ce qu’ils devraient être.
Pour Spinoza, ces trois attitudes ont un point commun : elles sont elles-mêmes des passions tristes, qui n’aident ni à comprendre ni à se libérer.
Comprendre pour se libérer
Cette exigence prolonge l’Éthique, son œuvre majeure, publiée elle aussi en 1677. Dans la troisième partie, Spinoza annonce qu’il traitera des actions et des appétits humains comme s’il était question de lignes, de surfaces ou de corps. Les affects, comme la joie, la tristesse ou le désir, ne sont pas des défauts mais des effets nécessaires de causes naturelles. Les connaître, c’est commencer à s’en affranchir : selon l’Éthique, un affect qui est une passion cesse d’en être une dès que nous en formons une idée claire et distincte. La compréhension n’excuse pas tout, mais elle permet d’agir au lieu de subir.
On peut l’illustrer par l’envie : la comprendre comme le produit d’une comparaison et d’un manque de confiance en sa propre puissance permet d’en défaire les mécanismes, plutôt que de se la reprocher.
Une maxime toujours citée
La formule est souvent reprise comme devise des sciences humaines : l’historien, le sociologue ou le psychologue cherchent d’abord à expliquer les comportements, avant de les juger. Elle invite aussi, dans la vie quotidienne, à remplacer l’indignation immédiate par l’effort de connaissance, ce qui, pour Spinoza, est la voie même de la liberté et de la joie.



vous devez être connecter pour déposer un commentaire connecter