L'art : L'art est le grand stimulant de la vie

« L’art est le grand stimulant de la vie » est une formule de Friedrich Nietzsche, tirée du Crépuscule des idoles (1888), dans la partie intitulée « Flâneries inactuelles » (ou « Divagations d’un inactuel » selon les traductions). Elle résume une conviction qui traverse toute son œuvre : l’art ne sert pas à fuir l’existence, mais à l’intensifier et à nous aider à l’aimer telle qu’elle est.
D’où vient la citation ?
Dans ce passage du Crépuscule des idoles, Nietzsche s’oppose à l’idée de « l’art pour l’art », c’est-à-dire d’un art sans finalité, coupé de la vie. Pour lui, l’art n’est jamais neutre : il loue, il choisit, il met en valeur, et ce faisant il renforce ou affaiblit certaines manières d’évaluer l’existence. C’est en ce sens qu’il le qualifie de « grand stimulant de la vie ». L’idée revient dans de nombreux fragments de ses dernières années, où l’art est présenté comme le contre-mouvement le plus puissant face au pessimisme et à la négation de la vie.
Une conviction présente dès le premier livre
Dès son premier ouvrage, La Naissance de la tragédie (1872), Nietzsche accorde à l’art un rôle prépondérant. Il y distingue deux forces : l’apollinien, du nom d’Apollon, qui est le principe de la forme, de la mesure et de la belle apparence, et le dionysiaque, du nom de Dionysos, dieu de l’ivresse et de l’excès, qui fait éprouver l’unité de la vie sous ses aspects les plus troubles. La tragédie grecque naît, selon lui, de l’union de ces deux forces.
La tragédie montre la vie avec son cortège de souffrances, de cruautés et d’absurdités. Sa force est de révéler l’existence dans ce qu’elle a de plus terrible, non pour nous en dégoûter, mais pour nous amener à l’accepter et même à la trouver digne d’être aimée. C’est pourquoi Nietzsche affectionne tant ce genre : il y voit la preuve qu’un peuple peut regarder la douleur en face sans renoncer à vivre.
L’artiste, figure de la liberté
L’artiste incarne, aux yeux du philosophe allemand, un être libre et libérateur. Libre, parce qu’il est tout entier engagé dans un processus créateur qui le dégage des considérations morales établies. Libérateur, parce qu’il ouvre de nouveaux horizons et invite d’autres à emprunter les chemins qu’il a explorés. Ses créations ne se limitent pas à des objets : elles inventent des manières de sentir et d’être. Nietzsche étend d’ailleurs l’idée de création artistique à la vie elle-même, qu’il invite à façonner comme une œuvre.
Ce que la formule ne veut pas dire
L’art n’est donc pas pour Nietzsche un monde idéal ni une existence par procuration où l’on se consolerait du réel. Cette conception le sépare de Schopenhauer, qu’il a d’abord admiré : pour Schopenhauer, l’art offre un apaisement momentané en suspendant le vouloir-vivre. Nietzsche retourne cette idée : l’art n’endort pas la volonté, il la galvanise. Affirmation lucide de l’existence, il l’exacerbe dans ce qu’elle a de créatif, d’ambivalent et d’excessif.
Pour un sujet de dissertation, cette citation permet d’interroger la fonction de l’art : divertissement, connaissance, consolation ou stimulation. La réponse de Nietzsche est nette : la valeur d’une œuvre se mesure à sa capacité à accroître notre puissance de vivre.



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