La liberté : L'homme est né libre et partout il est dans les fers

« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers » est la phrase qui ouvre le premier chapitre du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762. Elle oppose la liberté que tout être humain tient de sa nature à la servitude dans laquelle il vit en société. Loin d’être un simple cri de révolte, elle pose le problème que tout le livre cherche à résoudre : à quelles conditions un pouvoir peut-il être légitime ?
Le texte et son contexte
La phrase complète se poursuit ainsi : « Tel se croit le maître des autres, qui ne laisse pas d’être plus esclave qu’eux. » Rousseau ajoute aussitôt qu’il ignore comment ce changement s’est fait, mais qu’il croit pouvoir dire ce qui peut le rendre légitime. Son propos n’est donc pas historique : il ne raconte pas comment les hommes ont perdu leur liberté, il cherche le fondement d’une autorité juste.
Au XVIIIe siècle, la formule résonne avec force : l’esclavage colonial est en pleine expansion, et la plupart des États européens reposent sur le pouvoir absolu d’un monarque. Rousseau refuse que la force fasse le droit : « céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ».
Le « et » plutôt que le « mais »
On s’attendrait à lire « l’homme est né libre, mais partout il est dans les fers ». Le choix de la conjonction « et » souligne que la servitude n’est pas un accident isolé : elle est universelle, présente « partout ». La seconde phrase élargit encore le constat : même celui qui domine est esclave, car il dépend de ceux qu’il commande et de l’opinion des autres.
D’où viennent les fers ?
Pour Rousseau, ce n’est pas l’excès de liberté qui produit l’esclavage. Dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), il décrit un état de nature où l’homme, solitaire et peu dépendant des autres, n’a ni raison ni moyen d’asservir son semblable. Les fers naissent avec la société mal organisée : la propriété, la dépendance mutuelle, l’inégalité et des institutions qui consacrent la domination des plus riches et des plus forts. Cette analyse distingue Rousseau de Hobbes, pour qui l’état de nature est une guerre de tous contre tous.
La réponse du Contrat social
Rousseau ne propose pas de revenir à l’état de nature, ce qui serait impossible. Il cherche une forme d’association où chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. Sa solution est le pacte social : chaque associé se donne tout entier à la communauté, et la loi devient l’expression de la volonté générale. Obéir à une loi que l’on s’est soi-même prescrite, écrit-il, c’est la liberté.
La liberté naturelle, limitée par les seules forces de l’individu, laisse place à la liberté civile, garantie par la loi, et à la liberté morale, qui rend l’homme maître de lui-même. Pour Rousseau, renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme.
Une formule toujours citée
Cette ouverture compte parmi les phrases les plus célèbres de la philosophie politique. Elle est régulièrement étudiée en classe de philosophie à propos de la liberté, de l’État et de la justice, et elle a nourri la réflexion sur la souveraineté du peuple et les droits de l’homme.


vous devez être connecter pour déposer un commentaire connecter