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Anouar El-Sadate

Vous êtes ici : » » Anouar El-Sadate ; écrit le: 24 avril 2012 par Sameh modifié le 21 août 2018

Anouar El-SadateIntroduction:

De 1948 à 1977, de la création de l’État d’Israël sous l’égide de l’Organisation des Nations unies, création que les pays arabes avaient toujours refusée, à cet instant où le président égyptien se présente en personne devant l’Assemblée de l’État hébreu, trente années se sont écoulées, trente années de guerre ouverte ou de terrorisme, trente années d’insécurité, d’incompréhension et de haine.
Dès le lendemain de sa création, Israël est attaqué et doit lutter pour sa survie jusqu’à la paix de juillet 1949. Mais cette paix n’est jamais de longue durée : en 1956, c’est la guerre contre l’Égypte ; en 1967, la guerre des Six Jours contre l’Égypte, la Jordanie et la Syrie, une guerre qui permet à Israël de conquérir ces nouveaux territoires dont les noms font l’actualité depuis (la Cisjordanie, la bande de Gaza, le Sinaï, le plateau du Golan…) ; en 1973 enfin, la guerre du Kippour, une fois encore contre l’Égypte et la Syrie.

Successeur de Nasser, Anouar el-Sadate (1918-1981) doit faire face à des tensions internes dues notamment à une radicalisation islamiste qui commence à se faire jour et joue sur la pauvreté du pays. Il souhaite aussi replacer l’Égypte sur la scène internationale en la sortant de ce non- alignement très peu éloigné de l’Est où l’avait engagée Nasser. La consolidation de la paix dans la région passait nécessairement par un rapprochement entre les grands rivaux historiques, Égypte et Israël. On sait les liens qui unissent l’État hébreu aux États-Unis. Les accords signés aux États-Unis, à Camp David, entre le Raïs égyptien, le Premier ministre israélien Menahem Begin, ancien dirigeant de l’Irgoun, et le président américain Jimmy Carter, en septembre 1978, ont joué un rôle majeur : traité de paix entre Israël et l’Égypte, retrait d’Israël du Sinaï et début d’une autonomie palestinienne à Gaza et en Jordanie en sont les clés.
Mais avant Camp David, il y eut ce premier séjour d’un chef d’État égyptien sur le territoire d’Israël, et ce discours devant la Knesset.
Anouar el-Sadate est tué par des fondamentalistes musulmans au cours d’un défilé militaire, le 6 octobre 1981.



Discours de Anouar El-Sadate:

POUR CEUX QUI RECOMMANDENT LA PAIX,
la joie est leur partage
Je suis venu à vous aujourd’hui sur deux pieds assurés, afin que nous puissions construire une vie nouvelle, afin que nous puissions établir la paix pour nous tous sur cette terre, la terre de Dieu — nous tous, musulmans, chrétiens et juifs, de la même façon — et afin que nous puissions adorer Dieu, un dieu dont les enseignements et les commandements sont l’amour, la rectitude, la pureté et la paix.
Je peux trouver une excuse à quiconque a accueilli ma décision avec surprise et saisissement quand je l’ai annoncée au monde entier. Certains ont imaginé que la décision n’était rien de plus qu’une manœuvre verbale destinée à l’opinion publique mondiale. D’autres y ont
vu une tactique visant à camoufler mon intention de déclencher une nouvelle guerre. Un de mes adjoints dans les services de la présidence m’a appelé à une heure tardive, après mon retour du Conseil du peuple, pour me demander avec anxiété : « Et que feriez-vous, Monsieur le Président, si Israël vous lançait effectivement une invitation ? » J’ai répondu calmement : « Je l’accepterais sur- le-champ. » J’ai déclaré que j’irais jusqu’au bout de la Terre, que j’irais en Israël, parce que je veux exposer tous les faits devant le peuple d’Israël.
Personne n’imaginait que le chef d’État du plus grand pays arabe, sur les épaules de qui reposent la plus grande partie du fardeau et la responsabilité principale dans le problème de la guerre et de la paix au Proche-Orient, pourrait se déclarer disposé à aller sur la terre de l’adversaire alors que nous étions encore dans un état de guerre et que nous souffrons toujours des effets de quatre guerres en trente ans.
Après y avoir mûrement réfléchi, je suis arrivé à la conviction que ma responsabilité devant Dieu et devant le peuple exigeait que j’aille jusqu’au bout de la Terre, que j’aille même à Jérusalem pour m’adresser aux membres de la Knesset, représentants du peuple israélien, afin de leur exposer tous les faits qui me sont présents à l’esprit. Je vous laisserai décider par vous-mêmes, et que la volonté de Dieu soit faite.
Parlons franchement, en utilisant des mots directs et des idées claires sans quelque déformation que ce soit. […] Le premier fait est qu’il ne peut y avoir de bonheur pour quiconque au prix du malheur d’autrui.
Le deuxième fait est que je n’ai jamais parlé et ne parlerai jamais un double langage : j’ai une seule politique, j’ai un seul visage.
Le troisième fait est que la confrontation directe, la ligne droite est la meilleure méthode, la plus fructueuse, pour atteindre un objectif clair.
Le quatrième fait est que l’appel à une paix permanente et juste, fondée sur le respect des résolutions des Nations unies, est aujourd’hui devenu une expression non équivoque de la volonté internationale, que ce soit dans les capitales officielles ou au niveau de l’opinion publique mondiale – qui influe sur l’élaboration de la politique et sur la prise des décisions.
Le cinquième fait – peut-être le plus important – est que, dans la recherche d’une paix permanente et juste, la nation arabe ne part pas d’une position de faiblesse ou d’hésitation. Au contraire, elle bénéficie des atouts de la force et de la stabilité. Dans ces conditions, sa politique découle d’un désir authentique de paix, fondé sur la compréhension du fait que, pour éviter une véritable catastrophe – pour nous, pour vous et pour le monde entier —, il n’y a pas d’alternative à l’établissement d’une paix permanente et juste, insensible aux vents dus aux doutes ou aux arrière-pensées.
Sur la base de ces faits, j’ai aussi l’honneur d’adresser en toute franchise une mise en garde contre certaines idées qui pourraient vous venir à l’esprit.
Premièrement : je ne suis pas venu chez vous pour conclure un accord séparé entre l’Égypte et Israël. Le problème n’est pas entre l’Égypte et Israël, et une paix séparée entre l’Égypte et Israël, ou entre un quelconque des États de la confrontation et Israël, n’apporterait pas une paix juste à la région tout entière. De plus, si la paix était établie entre tous les États de la confrontation et Israël, sans qu’intervienne une juste solution du problème palestinien, cela ne conduirait jamais à la paix permanente et juste sur laquelle le monde entier insiste
aujourd’hui. Deuxièmement : je ne suis pas venu chez vous pour rechercher une paix partielle qui consisterait à mettre fin à l’état de belligérance à cette étape et repousser à une étape ultérieure le règlement de l’ensemble du problème. Cela n’est pas la solution de fond qui conduirait à une paix permanente.
En conséquence, je ne suis pas venu chez vous pour conclure un troisième accord de dégagement dans le Sinaï, ou dans le Sinaï et les hauteurs du Golan et sur la rive occidentale du Jourdain. Cela signifierait que nous reporte¬rions la mise à feu de la fusée à une date ultérieure. Cela signifierait que nous n’aurions pas le courage de faire face à la paix, que nous serions trop faibles pour porter le poids et la responsabilité d’une paix permanente et juste.
Je suis venu chez vous pour qu’ensemble nous puissions construire une paix permanente et juste et éviter que ne soit versée une seule goutte de sang d’un seul Arabe ou d’un seul Israélien.
Pourquoi laisserions-nous aux générations futures un héritage de sang et de mort, des orphelins, des veuves, des familles brisées et les gémissements des victimes ? Pourquoi n’imitons-nous pas la sagesse de notre Créateur, telle qu’elle est exprimée dans les sentences de Salomon : « La trahison est dans le cœur de ceux qui pensent au mal. Pour ceux qui recommandent la paix, la joie est leur partage. Un morceau de pain sec avec la paix est meilleur qu’une maison pleine de vivres mais avec des querelles. » […]
Je vous dis, en vérité, que la paix ne sera réelle que si elle est fondée sur la justice et non sur l’occupation des terres d’autrui. Il n’est pas admissible que vous demandiez pour vous-mêmes ce que vous refusez aux autres. Franchement, dans l’esprit qui m’a poussé à venir aujourd’hui chez vous, je vous dis : vous devez abandonner.
À chaque homme, à chaque femme et à chaque enfant d’Israël je dis : Encouragez vos dirigeants à lutter pour la paix. Faisons en sorte que tous les efforts soient canalisés vers la construction d’un édifice de paix, plutôt que vers celle de forteresses et d’abris protégés par des fusées.
Présentons au monde entier l’image de l’homme nouveau de cette région de façon que nous puissions offrir un exemple pour l’homme contemporain, un homme de paix. Soyez des héros pour vos fils. Dites-leur que nous sommes prêts à un nouveau départ, au début d’une vie nouvelle d’amour, de justice, de liberté et de paix.
Vous mères qui pleurez, vous, femmes qui avez perdu votre mari, vous, qui avez perdu un frère ou un père, remplissez vos cœurs des espérances de la paix, faites que l’espoir devienne une réalité qui vive et s’épanouisse ; faites de l’espoir un code de conduite, car la volonté des peuples est issue de la volonté de Dieu. Je suis venu ici pour transmettre un message. Et, Dieu m’en est témoin, j’ai transmis le message.
Je répète, avec Zacharie : « Amour, droit et paix. » Du Coran sacré, je tire le verset suivant : « Nous croyons en Dieu, en ce qui nous a été révélé et en ce qui a été révélé à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob et aux tribus et dans les Livres donnés à Moïse, à Jésus et au Prophète par le Seigneur. Nous ne faisons aucune distinction entre eux et nous nous soumettons à la volonté de Dieu. » Que la paix soit avec vous !

Vidéo : Anouar El-Sadate

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