Rudolf Schwarzkogler

Rudolf Schwarzkogler (1940-1969) est un artiste autrichien, membre de l’actionnisme viennois, le mouvement qui, au cours des années 1960, a fait du corps le matériau même de l’œuvre. Son travail, réalisé en quelques années seulement, est surtout connu par des séries de photographies mises en scène, d’une grande rigueur formelle, où dominent le blanc, le noir et le bleu.
Une courte vie
Né à Vienne en 1940, Rudolf Schwarzkogler y suit une formation en arts graphiques. Proche de Hermann Nitsch, il se lie avec les autres figures de l’actionnisme viennois, Otto Muehl et Günter Brus, et participe à certaines de leurs actions. Il meurt à Vienne en juin 1969, à 28 ans, après une chute d’une fenêtre de son appartement ; les circonstances exactes de sa mort, accident ou suicide, restent discutées.
L’actionnisme viennois
Le mouvement rassemble des artistes qui rompent avec la peinture de chevalet pour réaliser des « actions » : des performances, souvent violentes ou provocantes, mettant en jeu le corps, des substances organiques et des rituels. Ces artistes entendaient s’attaquer aux tabous et à l’hypocrisie de la société autrichienne d’après-guerre. Leurs actions ont plusieurs fois entraîné des poursuites judiciaires et des scandales publics.
Les six actions
Rudolf Schwarzkogler réalise sa première action, « Mariage » (Hochzeit), en 1965, puis une série d’autres jusqu’en 1966, généralement numérotées de un à six. À la différence des actions de Nitsch ou de Muehl, elles se déroulent pour la plupart sans public, devant l’objectif d’un photographe. L’artiste, ou un modèle qui le remplace, y apparaît le corps enveloppé de bandages blancs, entouré d’objets — ciseaux, lames, fils électriques, poissons morts, ampoules —, dans des compositions qui évoquent à la fois la blessure, le soin et l’hôpital. Le résultat tient autant de la photographie d’art que de la performance.
Après ces actions, il se consacre surtout à des dessins et à des textes théoriques, dans lesquels il envisage l’art comme une expérience de purification et de guérison.
Une légende démentie
Après sa mort s’est répandue la rumeur selon laquelle Schwarzkogler serait mort des suites d’une automutilation réalisée au cours d’une performance. Cette légende, reprise par la presse internationale au début des années 1970, est fausse : les images qui l’ont nourrie étaient des mises en scène photographiques, et le corps montré n’était pas toujours celui de l’artiste. Ce malentendu a longtemps pesé sur la lecture de son œuvre.
Postérité
Les photographies des actions de Rudolf Schwarzkogler figurent aujourd’hui dans les collections de grands musées d’art moderne et sont régulièrement montrées dans les expositions consacrées à l’art corporel et à la performance. Elles sont considérées comme une étape marquante de l’histoire du « body art » européen.



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