La justice et le droit: plaisante justice qu'une rivière borne!Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà: plaisante justice qu'une rivière borne

« Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà. » Cette phrase de Blaise Pascal (1623-1662), tirée des Pensées, souligne que la justice humaine change d’un pays à l’autre : ce qui est tenu pour juste d’un côté d’une frontière peut être condamné de l’autre. Elle compte parmi les citations les plus étudiées sur le thème de la justice et du droit.
D’où vient la citation ?
Les Pensées sont un ensemble de fragments que Pascal destinait à une apologie de la religion chrétienne ; elles ont été publiées après sa mort, dans une première édition parue en 1670. Le passage figure dans un long fragment consacré à la justice, numéroté 294 dans l’édition Brunschvicg et 60 dans l’édition Lafuma, la numérotation variant selon les éditeurs. Pascal y multiplie les images de la même idée : « Trois degrés d’élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité. »
Il reprend ici une réflexion de Montaigne, qui, dans l’« Apologie de Raymond Sebond » (Essais, livre II, chapitre 12), s’étonnait déjà qu’une montagne ou une rivière suffise à changer le juste en crime.
Ce que dit Pascal
Le mot « plaisante » est ironique : il signifie risible. Pascal constate que les lois varient selon les lieux et les époques, et que chaque peuple tient pourtant les siennes pour l’expression de la vérité. Une frontière naturelle, un cours d’eau ou une chaîne de montagnes, suffit à transformer une conduite permise en infraction. Selon lui, ce n’est donc pas la raison qui fonde les lois, mais la coutume : « la coutume fait toute l’équité, par cette seule raison qu’elle est reçue ».
Une critique, pas un relativisme
Pascal ne conclut pas que toutes les règles se valent. Il critique la justice des hommes au nom d’une justice véritable, que la raison humaine, affaiblie selon lui par le péché, est incapable de saisir. Sa position reste néanmoins prudente : il juge préférable d’obéir aux lois établies, parce qu’elles garantissent la paix civile, même si leur fondement est fragile. Le regard est donc lucide sur l’arbitraire des institutions sans être une invitation au désordre.
Utiliser cette citation en dissertation
La phrase se prête aux sujets sur la justice, le droit et la loi. Elle permet d’opposer :
- le droit positif, c’est-à-dire les lois réellement en vigueur dans un pays, variables et historiques ;
- l’idée d’un droit naturel ou d’une justice universelle, que l’on retrouve dans l’Antigone de Sophocle ou dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 ;
- l’analyse de Montesquieu, qui, dans De l’esprit des lois (1748), cherche à expliquer la diversité des lois par le climat, les mœurs ou le régime politique, plutôt qu’à la moquer.
On peut ainsi se demander si la diversité des lois prouve l’absence de justice, ou seulement la difficulté de la traduire dans des règles humaines.


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