La liberté : Si l'on a conçu des hommes libres , c'est afin qu'ils puissent devenir coupables

« Si l’on a conçu des hommes libres, c’est afin qu’ils puissent devenir coupables » résume une thèse de Friedrich Nietzsche sur la liberté : selon lui, l’idée de libre arbitre a été inventée pour pouvoir juger et punir les hommes. La pensée figure dans Crépuscule des idoles, rédigé en 1888 et publié au début de 1889, au chapitre intitulé « Les quatre grandes erreurs ». Les traductions françaises en donnent plusieurs formulations voisines.
Le contexte : Crépuscule des idoles
Crépuscule des idoles, sous-titré « Comment on philosophe à coups de marteau », est l’un des derniers livres de Nietzsche avant l’effondrement qui met fin à sa vie intellectuelle en janvier 1889. Il y condense sa critique de la culture occidentale : ses « idoles » sont les grandes croyances de la morale et de la métaphysique, qu’il s’agit d’ausculter au marteau pour entendre si elles sonnent creux.
Dans « Les quatre grandes erreurs », il examine les confusions qui, selon lui, faussent notre manière de penser les causes de nos actes. La quatrième est l’« erreur du libre arbitre ».
La liberté, une invention pour juger
Pour Nietzsche, supposer que l’homme agit librement, c’est-à-dire qu’il aurait pu choisir autrement, permet de le tenir pour responsable de ses actes, donc de le déclarer coupable et de le punir. Le libre arbitre n’est pas pour lui une découverte sur la nature humaine, mais un instrument. Il en attribue l’origine aux prêtres placés à la tête des communautés anciennes, qui voulaient s’arroger le droit d’infliger des châtiments.
À cette fiction il oppose une autre vision : l’homme est un fragment du destin, pris dans le jeu de ses instincts et de ses conditions de vie. Nul n’est responsable d’exister ni d’être fait comme il est.
Retrouver « l’innocence du devenir »
La conséquence n’est pas un appel au désordre. Nietzsche veut libérer l’homme de la mauvaise conscience, ce sentiment de faute entretenu par la morale qui exige de lui ce qu’il ne peut pas être. Il parle de rendre au devenir son innocence : cesser de juger la vie au nom d’un idéal extérieur à elle. Ce thème prolonge la Généalogie de la morale (1887), qui étudiait la naissance de la culpabilité et de la mauvaise conscience.
Une thèse discutée
Cette critique a profondément marqué la philosophie et les sciences humaines, de la psychanalyse à la réflexion sur la peine. Elle reste discutée : beaucoup de philosophes jugent que la responsabilité peut se fonder sans supposer un libre arbitre absolu, et que juger les actes ne revient pas à condamner l’existence. Le débat entre liberté, déterminisme et responsabilité demeure l’un des grands sujets de la philosophie morale.



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