La philosophie : Il disait qu'il ne savait rien , sauf le fait de son ignorance

« Il disait qu’il ne savait rien, sauf le fait de son ignorance » : cette idée est attachée à Socrate, philosophe athénien du Ve siècle avant notre ère, souvent considéré comme le fondateur de la philosophie occidentale. On la résume par la formule « je sais que je ne sais rien », qui ne figure pas mot pour mot dans les textes anciens mais condense un passage de l’Apologie de Socrate écrite par Platon.
L’oracle de Delphes
Selon le récit de Platon, un ami de Socrate, Chéréphon, demanda à l’oracle de Delphes s’il existait un homme plus sage que Socrate. La Pythie répondit que non. Surpris, Socrate entreprit d’interroger ceux qui passaient pour savants : hommes politiques, poètes, artisans. Il constata qu’ils croyaient savoir ce qu’ils ne savaient pas. Il en conclut que sa seule supériorité tenait à ceci : il ne croyait pas savoir ce qu’il ignorait.
Une philosophie sans doctrine écrite
Socrate n’a rien écrit. Nous le connaissons surtout par les dialogues de son disciple Platon, ainsi que par Xénophon et par la comédie d’Aristophane. Dans les dialogues, il se contente d’interroger ses interlocuteurs sur ce qu’est le courage, la justice ou la piété, et leur montre que leurs définitions ne tiennent pas. Cette méthode de questionnement, qu’il compare à l’art de faire accoucher les esprits, est appelée la maïeutique.
Faut-il le prendre au sérieux ?
Oui, dans la mesure où la philosophie n’est pas un savoir clos. Elle interroge les puissants et les savants, les doctrines et les opinions. Pour questionner authentiquement, la première condition est de ne pas s’illusionner sur son propre savoir. Reconnaître son ignorance n’est pas un aveu d’échec, mais le point de départ de la recherche.
Non, dans la mesure où Socrate n’est pas aussi démuni qu’il le prétend. Son aveu relève aussi de l’ironie socratique : en se présentant comme ignorant, il désarme ses interlocuteurs et les amène à exposer leurs certitudes, qu’il examine ensuite.
La condamnation de Socrate
Cette attitude ne lui a pas épargné la peine capitale. En 399 avant notre ère, Socrate fut accusé de ne pas honorer les dieux de la cité, d’introduire des divinités nouvelles et de corrompre la jeunesse. Condamné à mort par un tribunal athénien, il refusa de s’enfuir et but la ciguë, épisode que Platon rapporte dans le Phédon.
Une postérité durable
L’idée d’une ignorance consciente d’elle-même a traversé l’histoire de la pensée. Au XVe siècle, Nicolas de Cues parle de « docte ignorance ». Montaigne, avec sa devise « Que sais-je ? », en prolonge l’esprit. Elle reste une leçon d’humilité intellectuelle : savoir ce que l’on ignore est la condition pour apprendre.


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