La télévision , c'est la voix de la France
« La télévision, c’est la voix de la France » résume une phrase prononcée par le président Georges Pompidou lors d’une conférence de presse, le 2 juillet 1970, à propos de l’ORTF. Sa formulation exacte était : « L’ORTF, qu’on le veuille ou non, c’est la voix de la France. » Elle est restée le symbole du contrôle exercé par le pouvoir politique sur l’audiovisuel public.
Le contexte : l’ORTF et le monopole public
L’Office de radiodiffusion-télévision française, créé en 1964, détient alors le monopole de la radio et de la télévision en France : deux chaînes de télévision et les stations de radio publiques, dont France Inter. Après les grèves de 1968, durant lesquelles de nombreux journalistes de l’Office ont cessé le travail, plusieurs dizaines d’entre eux ont été licenciés ou écartés. En 1969, le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas supprime le ministère de l’Information et promet une information plus libre.
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La réponse du président
Interrogé par un journaliste du quotidien Combat sur le malaise qui règne à l’ORTF, entre pressions, démissions et mécontentement du personnel, Georges Pompidou commence par désamorcer la question avec humour, assurant qu’il est très loin d’être le premier téléspectateur de France. Il rappelle que l’information doit être libre, indépendante et impartiale, mais ajoute aussitôt qu’être journaliste à l’ORTF n’est pas la même chose qu’être journaliste ailleurs : la radio-télévision publique est, à l’étranger comme pour le public, considérée comme la voix de la France. Sans exiger l’éloge du gouvernement, il demande à ceux qui s’y expriment une certaine hauteur de ton et de pensée.
Une phrase devenue symbole
La formule a été lue comme l’aveu d’une conception gouvernementale de l’audiovisuel public : la télévision d’État ne serait pas un média comme les autres, mais un porte-parole de la nation, et donc, de fait, du pouvoir en place. Elle est régulièrement citée dans les débats sur l’indépendance des médias publics, comme exemple de ce qu’un responsable politique ne devrait plus dire.
La suite : l’éclatement de l’ORTF
Après la mort de Georges Pompidou, la loi du 7 août 1974, voulue par Valéry Giscard d’Estaing, divise l’ORTF en sept organismes autonomes, dont TF1, Antenne 2, FR3 et Radio France, qui entrent en fonction au début de 1975. Le monopole d’État sur la radio et la télévision est aboli en 1982, et une autorité indépendante est chargée de veiller sur l’audiovisuel ; ce rôle revient aujourd’hui à l’Arcom. La phrase de 1970 appartient ainsi à une époque révolue, mais la question qu’elle pose, celle de la distance entre l’État et ses médias, reste actuelle.

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