Nikita Khrouchtchev

> > Nikita Khrouchtchev ; écrit le: 23 avril 2012 par Sameh modifié le 21 août 2018

Introduction:

Nikita Sergeïevitch Khrouchtchev (1894-1971), surnommé «Monsieur K», dirige l’URSS de la mort de Staline, le 5 mars 1953, à son éviction, le 14 octobre 1964, d’abord en tant que Premier secrétaire du Parti communiste de l’Union soviétique et, à partir de 1958, en tant que chef du gouvernement.
Celui qui devait devenir le représentant par excellence de la déstalinisation était pourtant un protégé et un intime du dictateur. De 1938 à 1949, il organise la politique de purges politiques, de pillage économique et de « dékoulakisation », cette expropriation-élimination des paysans propriétaires, en Ukraine. Membre du Politburo en 1939, il met en œuvre la politique d’annexion de la Pologne orientale. C’est lui aussi qui, en 1952, prépare les nouveaux statuts qui, en remplaçant le Politburo par le Prasidium, renforcent le pouvoir personnel du Premier secrétaire.
À la mort de Staline, les staliniens sont écartés — sans être exécutés —, et en 1956, le XXe Congrès du Parti communiste renoue avec un léninisme qui aurait été abandonné par l’ancien dirigeant. C’est à la fin de ce congrès que Khrouchtchev lit, aux seuls délégués soviétiques, son fameux « rapport secret » dont suivent des extraits. Staline y est décrit comme ayant gouverné par la terreur, pour son seul profit, à rebours d’un Lénine qui se serait méfié et aurait tenté de l’écarter du pouvoir à la fin de sa vie. Le « rapport secret » sera largement diffusé, et conduira, par exemple, à la rupture avec une Chine qui continue alors à honorer Staline.
La diffusion internationale du rapport permet de donner une nouvelle image de l’URSS. Khrouchtchev veut mener une politique internationale de « coexistence pacifique », qui toutefois ne s’étend pas aux pays frères, comme le prouve la manière dont fut matée la révolte hongroise de 1956, et n’empêche pas de tenter une épreuve de force avec le grand rival américain, comme lors de la crise des missiles de Cuba en 1962.
Cette crise, et le renoncement de l’URSS à installer ses missiles dans l’île sud-américaine, sont d’ailleurs le point de départ d’une critique interne qui conduit à la chute de Khrouchtchev. Menés par Léonid Brejnev, soutenus par le KGB, les opposants parviennent à obtenir un vote du Præsidium du Comité central qui retire à Khrouchtchev ses fonctions dans le Parti et dans Le gouvernement. Il présente le lendemain sa démission. Une autre URSS est cependant née grâce à Lui : il continue à vivre discrètement à Moscou jusqu’à sa mort, et reste même membre du Comité central jusqu’en 1966…

Discours de Nikita Khrouchtchev:

ABOLIR LE CULTE DE STALINE:

Camarades,

Dans le rapport du Comité central du Parti au XXe Congrès, dans un certain nombre de discours prononcés par des délégués au Congrès, ainsi que lors de réunions plénières du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique, pas mal de choses ont été dites au sujet du culte de la personnalité et de ses conséquences néfastes.
Après la mort de Staline, le Comité central du Parti a commencé à appliquer une politique tendant à expliquer brièvement, mais d’une façon positive, qu’il était intolérable et étranger à l’esprit du marxisme-léninisme d’exalter une personne et d’en faire un surhomme doté de qualités surnaturelles à l’égal d’un dieu. Un tel homme est supposé tout savoir, penser pour tout le monde, tout faire et être infaillible.
Ce sentiment à l’égard d’un homme, et singulièrement à l’égard de Staline, a été entretenu parmi nous pendant de nombreuses années.
Le but du présent rapport n’est pas de procéder à une critique approfondie de la vie de Staline et de ses activités. Sur les mérites de Staline suffisamment de livres, d’opuscules et d’études ont été écrits durant sa vie. Le rôle de Staline dans la préparation et l’exécution de la révolution socialiste, lors de la guerre civile, ainsi que dans la lutte pour l’édification du socialisme dans notre pays est universellement connu. Chacun connaît cela parfaitement.
Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est une question qui a une importance pour le Parti actuellement et dans l’avenir. Ce qui nous intéresse, c’est de savoir comment le culte de la personne de Staline n’a cessé de croître, comment ce culte devint, à un moment précis, la source de toute une série de perversions graves et sans cesse plus sérieuses des principes du Parti, de la démocratie du Parti, de la légalité révolutionnaire.
En raison du fait que tout le monde ne semble pas encore bien comprendre les conséquences pratiques résultant du culte de l’individu, le grave préjudice causé par la violation du principe de la direction collective du Parti du fait de l’accumulation entre les mains d’une personne d’un pouvoir immense et illimité, le Comité central du Parti considère qu’il est absolument nécessaire de remettre au XX Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique tout le dossier de cette question.
Permettez-moi tout d’abord de vous rappeler que les classiques du marxisme-léninisme dénonçaient très sévèrement toute manifestation du culte de l’individu. […]
La grande modestie du génie de la révolution, Vladimir Ilitch Lénine, est connue. Lénine a toujours souligné le rôle du peuple en tant que créateur de l’histoire, le rôle directeur et organisateur du Parti en tant qu’organisme vivant et créateur, ainsi que le rôle du Comité central.
Le marxisme ne nie pas le rôle des chefs de la classe laborieuse dans la direction du mouvement de libération révolutionnaire.
Tout en attachant une grande importance au rôle des dirigeants et organisateurs des masses, Lénine stigmatisa sans merci toute manifestation du culte de l’individu, combattit inexorablement les idées étrangères au marxisme sur le « héros » et la « foule », ainsi que tous les efforts tendant à opposer le « héros » aux masses et au peuple.
Lénine nous a enseigné que la force du Parti dépendait de son indissoluble unité avec les masses. Il nous a appris que derrière le Parti se trouvaient les ouvriers, les paysans et les intellectuels. « Seul prendra et conservera le pouvoir, disait Lénine, celui qui croit dans le peuple, celui qui se baigne dans la fontaine de la vivante puissance créatrice du peuple. » Lénine parlait avec fierté du Parti communiste bolchevik en tant que dirigeant et éducateur du peuple. Il demandait que les questions les plus importantes soient soumises au jugement des ouvriers compétents, au jugement de leur Parti. Il disait : « Nous croyons en ce jugement, nous voyons en lui la sagesse, l’honneur et la conscience de notre époque. »
Lénine s’opposa énergiquement à toute tentative ayant pour but de minimiser ou d’affaiblir le rôle dirigeant du Parti dans la structure de l’État soviétique. Il élabora les principes bolcheviks de la direction du Parti ainsi que les normes de la vie du Parti, soulignant que les principes fondamentaux de la direction du Parti résidaient dans son caractère collégial. […]
Durant la vie de Lénine, le Comité central du Parti fut la réelle expression de la direction collective du Parti et de la nation. Étant un militant marxiste- révolutionnaire, toujours inflexible sur les questions de principe, Lénine n’imposa jamais par la force ses opinions à ses collaborateurs. Il essayait de les convaincre. Patiemment, il expliquait ses opinions aux autres. Lénine veilla toujours avec diligence à ce que les normes de la vie du Parti fussent réalisées, à ce que le statut du Parti fut observé, à ce que les Congrès du Parti et les sessions plénières du Comité central eussent lieu à intervalles appropriés.
Vladimir Ilitch Lénine ne se contenta pas de contribuer grandement à la victoire de la classe laborieuse et des paysans, à la victoire de notre Parti et à l’application des idées du communisme scientifique à la vie. Son esprit perspicace se manifesta dans le fait qu’il détecta à temps en Staline les caractéristiques négatives qui eurent plus tard de graves conséquences. Craignant pour l’avenir du Parti et de l’Union soviétique, Vladimir Ilitch Lénine jugea parfaitement Staline. Il souligna qu’il était nécessaire d’envisager d’enlever à Staline son poste de Secrétaire général parce qu’il était excessivement brutal, qu’il n’avait pas une attitude convenable à l’égard de ses camarades, qu’il était capricieux et abusait de ses pouvoirs.
En décembre 1922, dans une lettre au Congrès du Parti, Vladimir Ilitch écrivait : « Après avoir assumé les fonctions de Secrétaire général, le camarade Staline a accumulé entre ses mains un pouvoir démesuré, et je ne suis pas certain qu’il soit toujours capable d’en faire usage avec la prudence nécessaire. » Cette lettre – document politique d’une extraordinaire importance, connu dans l’histoire du Parti comme le « Testament de Lénine » – a été distribuée aux délégués du XX Congrès du Parti. Vous l’avez lue, et sans aucun doute vous la relirez souvent. Vous réfléchirez sur ses mots clairs qui expriment l’inquiétude de Vladimir Ilitch concernant le Parti, le peuple, l’Etat et la gestion future de la politique du Parti. Vladimir Ilitch disait : « Staline est excessive-ment brutal, et ce travers, qui peut être toléré entre nous et dans les contacts entre communistes, devient un défaut intolérable pour celui qui occupe les fonctions de Secrétaire général.

De ce fait, je propose que les camarades étudient la possibilité de priver Staline de ce poste et de le remplacer par un autre homme qui, avant tout, se différencierait de Staline par une seule qualité, à savoir une plus grande patience, une plus grande loyauté, une plus grande politesse, une attitude plus correcte à l’égard des camarades, un tempérament moins capricieux, etc. » Ce document de Lénine avait été communiqué aux délégués du XIII Congrès du Parti, qui examinèrent la question d’éloigner Staline de son poste de Secrétaire général. Les délégués se déclarèrent en faveur du maintien de Staline à son poste, espérant qu’il tiendrait compte des remarques critiques de Vladimir Ilitch et corrigerait les défauts qui motivaient la sérieuse inquiétude de Lénine.

Camarades ! Le Congrès du Parti doit être informé de deux nouveaux documents qui confirment le caractère de Staline tel que l’avait décrit Vladimir Ilitch Lénine dans son « Testament ». Ces documents sont une lettre de Nadejda Konstantinovna Kroupskaïa à Kamenev qui était à cette époque à la tête du Politburo et une lettre personnelle de Vladimir Ilitch à Staline. […] Vladimir Ilitch Lénine adressait à Staline la lettre suivante en en envoyant des copies à Kamenev et à Zinoviev : « Cher camarade Staline, vous vous êtes permis d’appeler cavalièrement ma femme au téléphone et de la réprimander d’une façon grossière. En dépit du fait qu’elle vous ait dit qu’elle acceptait d’oublier les propos qui avaient été échangés, elle a néanmoins mis Zinoviev et Kamenev au courant. Je n’ai pas l’intention d’oublier si facilement ce qui a été fait contre moi, et il est inutile que j’insiste sur le fait que je considère comme dirigé contre moi ce qui a été fait contre ma femme. Par conséquent, je vous demande d’examiner attentivement si vous êtes d’accord pour vous rétracter et vous excuser ou si vous préférez que nos relations soient rompues. Sincèrement, Lénine, 5 mars 1923. »
Camarades, je ne commenterai pas ces documents. Ils parlent éloquemment d’eux-mêmes. Staline ayant pu agir de cette façon du vivant de Lénine, ayant pu agir à l’égard de Nadejda Konstantinovna Kroupskaïa, que le Parti connaît bien et apprécie hautement en tant que compagne fidèle de Lénine et comme combattante active pour la cause du Parti depuis sa création, on peut facilement imaginer comment Staline traitait les autres gens. Ce côté négatif n’a cessé de se développer et dans les dernières années avait pris un caractère absolument insupportable.
Ainsi que l’ont prouvé les événements ultérieurs, l’inquiétude de Lénine était justifiée : dans la première période qui a suivi la mort de Lénine, Staline prêtait encore attention à ses conseils, mais plus tard il commença à ignorer les graves avertissements de Vladimir Ilitch.
Quand on analyse la façon d’agir de Staline à l’égard de la direction du Parti et du pays, quand on s’arrête à considérer tout ce que Staline a commis, il faut bien se convaincre que les craintes de Lénine étaient justifiées. Le côté négatif de Staline, qui, du temps de Lénine, n’était encore que naissant, s’était transformé dans les dernières années en un grave abus de pouvoir par Staline, qui a causé un tort indicible à notre Parti.
Nous devons étudier sérieusement et analyser correctement cette question afin d’être à même de prévenir toute possibilité d’un retour, sous quelque forme que ce soit, de ce qui s’est produit du vivant de Staline, qui ne tolérait absolument pas la direction et le travail collectifs et qui pratiquait la violence brutale, non seulement contre tout ce qui s’opposait à lui, mais aussi contre tout ce qui paraissait, à son esprit capricieux et despotique, contraire à ses conceptions.
Staline n’agissait pas par persuasion au moyen d’explications et de patiente collaboration avec des gens, mais en imposant ses conceptions et en exigeant une soumission absolue à son opinion. Quiconque s’opposait à sa conception ou essayait d’expliquer son point de vue et l’exactitude de sa position était destiné à être retranché de la collectivité dirigeante et voué par la suite à l’annihilation morale et physique. Cela fut particulièrement vrai pendant la période qui a suivi le XVIIe Congrès, au
moment où d’éminents dirigeants du Parti et des militants honnêtes et dévoués à la cause du communisme sont tombés, victimes du despotisme de Staline.
Nous devons affirmer que le Parti a mené un dur combat contre les trotskistes, les droitiers et les nationalistes bourgeois et qu’il a désarmé idéologiquement tous les ennemis du léninisme. Ce combat idéologique a été conduit avec succès, ce qui a eu pour résultat de renforcer et de tremper le Parti. Là, Staline a joué un rôle positif. […] Il est intéressant de noter le fait que, même pendant que se déroulait la furieuse lutte idéologique contre les trotskistes, les zinoviévistes, les boukhariniens et les autres, on n’a jamais pris contre eux des mesures de répression extrêmes. La lutte se situait sur le terrain idéologique. Mais quelques années plus tard, alors que le socialisme était fondamentalement édifié dans notre pays, alors que les classes exploitantes étaient généralement liquidées, alors que la structure sociale soviétique avait radicalement changé, alors que la base sociale pour les mouvements et les groupes politiques hostiles au Parti s’était extrêmement rétrécie, alors que les adversaires idéologiques du Parti étaient depuis longtemps vaincus politiquement, c’est alors que commença la répression contre eux.
C’est exactement pendant cette période (1936-1937- 1938) qu’est née la pratique de la répression massive au moyen de l’appareil gouvernemental, d’abord contre les ennemis du léninisme – trotskistes, zinoviévistes, boukhariniens – depuis longtemps vaincus politiquement par le Parti, et également ensuite contre de nombreux communistes honnêtes, contre les cadres du Parti qui avaient porté le lourd fardeau de la guerre civile et des premières et très difficiles années de l’industrialisation et de la collectivisation, qui avaient activement lutté contre les trotskistes et les droitiers pour le triomphe de la ligne du parti léniniste. […]

Vidéo : Nikita Khrouchtchev

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