No pasaran ! Ils ne passeront pas !
Auteur : Dolores Ibárruri, dite la Pasionaria, en 1936
« No pasarán ! » (« Ils ne passeront pas ! ») est le cri de ralliement lancé par la députée communiste Dolores Ibárruri, dite la Pasionaria, au début de la guerre civile espagnole, en juillet 1936. Prononcée à la radio pour appeler à défendre la République contre le soulèvement militaire, la formule est devenue le slogan des républicains espagnols, puis, bien au-delà de l’Espagne, celui de l’antifascisme.
Le contexte : le soulèvement de juillet 1936
Les 17 et 18 juillet 1936, une partie de l’armée se soulève contre le gouvernement de la Seconde République, issu de la victoire électorale du Front populaire en février de la même année. Parmi les généraux insurgés figure Francisco Franco, qui prendra bientôt la tête du camp nationaliste. Le coup d’État échoue dans plusieurs grandes villes, dont Madrid et Barcelone, et se transforme en une guerre civile qui durera près de trois ans.
Le 19 juillet 1936, Dolores Ibárruri s’adresse aux Espagnols dans une allocution radiodiffusée depuis le ministère de l’Intérieur, à Madrid. Elle appelle ouvriers, paysans et antifascistes à se dresser contre les militaires rebelles et à défendre la République, puis conclut par la formule qui va faire le tour du pays : « ¡No pasarán! ».
Qui était la Pasionaria ?
Née en 1895 à Gallarta, au Pays basque, dans une famille de mineurs, Dolores Ibárruri milite très tôt dans le mouvement ouvrier. Elle adopte le pseudonyme de « Pasionaria » en 1918, en signant un article paru pendant la Semaine sainte, la semaine de la Passion. Dirigeante du Parti communiste d’Espagne, elle est élue députée aux Cortes en 1936. Son éloquence et sa silhouette toujours vêtue de noir en font l’une des figures les plus connues du camp républicain.
Après la victoire des nationalistes en 1939, elle s’exile en Union soviétique. Elle ne revient en Espagne qu’en 1977, après la mort de Franco, et retrouve un siège de députée lors des premières élections démocratiques. Elle meurt à Madrid le 12 novembre 1989, à 93 ans.
D’où vient la formule ?
L’expression n’est pas née en Espagne. Pendant la Première Guerre mondiale, lors de la bataille de Verdun, en 1916, le mot d’ordre « Ils ne passeront pas » a été associé à la défense française, en particulier au général Robert Nivelle, puis repris sur des affiches. La Pasionaria reprend donc une formule déjà chargée d’histoire, qu’elle transpose à la défense de la République espagnole.
Un slogan qui a traversé le siècle
Pendant le siège de Madrid, à partir de l’automne 1936, « No pasarán » est repris par les combattants républicains et par les volontaires des Brigades internationales ; il s’affiche sur les banderoles, les affiches et dans les chansons. La capitale résiste jusqu’en mars 1939. Sa chute marque la fin de la guerre et la victoire de Franco, qui gouverne l’Espagne en dictateur jusqu’à sa mort, en 1975.
Le slogan a survécu à cette défaite. En octobre 1936, lors de la « bataille de Cable Street », à Londres, des habitants de l’East End s’opposent à un défilé de l’Union britannique des fascistes d’Oswald Mosley aux cris de « They shall not pass ». Aujourd’hui encore, « No pasarán » reste un cri de ralliement des manifestations antifascistes, en Espagne comme ailleurs.
Sens et usage
On cite la formule pour exprimer une détermination absolue à résister et à tenir une position, quoi qu’il en coûte. Son histoire rappelle aussi qu’un slogan ne garantit pas la victoire : ceux à qui l’on criait « ils ne passeront pas » sont finalement entrés dans Madrid. La phrase reste attachée au souvenir de la résistance républicaine et à la personnalité de Dolores Ibárruri.


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