Nous allons terroriser les terroristes
Auteur : Charles Pasqua, en 1986
« Nous allons terroriser les terroristes » est une formule prononcée en 1986 par Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur du gouvernement de Jacques Chirac, alors que la France subissait une vague d’attentats. Restée dans la mémoire collective, elle résume la ligne de fermeté qu’il entendait opposer au terrorisme, et elle est souvent citée, parfois avec ironie, comme exemple de rhétorique martiale en politique.
Le contexte : une France frappée par les attentats
Les élections législatives de mars 1986 se déroulent dans un climat de violence. Au début du mois de février, plusieurs attentats frappent Paris, notamment dans la galerie Claridge des Champs-Élysées et dans une librairie du Quartier latin. Le 8 mars, une équipe de journalistes d’Antenne 2 est enlevée au Liban. Le 20 mars 1986, le jour même où Jacques Chirac devient Premier ministre de cohabitation sous la présidence de François Mitterrand, une bombe explose dans la galerie Point Show, sur les Champs-Élysées, faisant deux morts et de nombreux blessés.
Ces attentats sont revendiqués par un groupe se présentant comme le Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes et du Proche-Orient (CSPPA), qui réclamait notamment la libération de militants détenus en France.
Une formule de combat
Nommé ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua affiche d’emblée une volonté de fermeté. L’expression « terroriser les terroristes », reprise par la presse, frappe immédiatement l’opinion : elle retourne contre les poseurs de bombes l’arme de la peur et promet une réponse sans faiblesse de l’État. Charles Pasqua a aussi popularisé à la même époque l’idée que la peur devait « changer de camp ».
La force de la formule tient à sa construction : la répétition du même radical (terroriser, terroristes) produit un effet de miroir facile à retenir. Sa faiblesse tient au même ressort : en promettant d’employer la terreur, elle suggère que l’État pourrait se placer sur le terrain de ceux qu’il combat, ce que ses critiques n’ont pas manqué de relever.
La réponse législative
Le gouvernement fait adopter la loi du 9 septembre 1986 relative à la lutte contre le terrorisme. Elle centralise à Paris les poursuites et l’instruction des affaires terroristes, et confie leur jugement à une cour d’assises spécialement composée de magistrats professionnels, sans jurés populaires. Cette organisation, plusieurs fois modifiée depuis, reste le socle de l’antiterrorisme judiciaire français.
Une rentrée sanglante
La formule n’a pas empêché une nouvelle série d’attentats en septembre 1986. Le plus meurtrier frappe le 17 septembre devant le magasin Tati de la rue de Rennes, à Paris : sept morts et plusieurs dizaines de blessés. Le réseau responsable de cette vague d’attentats est démantelé au début de l’année 1987.
Avec le recul, la phrase de Charles Pasqua est restée l’un des slogans les plus connus de la Ve République en matière de sécurité, emblématique d’un style politique qui mise sur la force des mots autant que sur celle des actes.



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