Quel artiste périt avec moi !
« Quel artiste périt avec moi ! » est la phrase que l’historien romain Suétone attribue à l’empereur Néron au moment de sa mort, en juin de l’an 68. En latin, elle s’écrit Qualis artifex pereo. Elle résume l’image que la postérité a gardée de Néron : celle d’un souverain plus soucieux de sa gloire d’artiste que de son empire.
L’origine de la citation
La phrase figure dans la Vie de Néron, l’une des Vies des douze Césars écrites par Suétone au début du IIe siècle, soit plusieurs décennies après les faits. Suétone, comme Tacite, est hostile à Néron, et son récit mêle informations solides et anecdotes invérifiables. On ne peut donc pas affirmer avec certitude que Néron a prononcé ces mots exactement ; ils appartiennent à la tradition rapportée par les historiens antiques.
Néron, empereur et artiste
Néron règne de 54 à 68. Passionné de chant, de poésie, de théâtre et de courses de chars, il se produit en public, ce qui scandalise l’aristocratie romaine, pour qui un empereur ne devait pas monter sur scène comme un comédien. Lors d’un voyage en Grèce, il participe à des concours et y remporte de nombreux prix, que ses adversaires n’osaient évidemment pas lui disputer. Suétone rapporte qu’il était interdit de quitter le théâtre pendant ses récitals, et que des spectateurs auraient feint la mort pour être évacués : anecdote typique de son portrait à charge.
Ses dernières années sont marquées par la répression. Après la conjuration de Pison, en 65, il contraint au suicide de nombreuses personnalités, dont son ancien précepteur, le philosophe Sénèque.
Les circonstances de sa mort
En 68, plusieurs gouverneurs de province se soulèvent, et Galba est proclamé empereur par ses troupes. Abandonné par la garde prétorienne, Néron s’enfuit de Rome et se réfugie dans la villa de son affranchi Phaon, aux portes de la ville. Le Sénat le déclare ennemi public. Selon Suétone, il fait creuser une fosse, répète en pleurant « Quel artiste périt avec moi ! », puis, en entendant approcher les cavaliers chargés de l’arrêter, cite un vers de l’Iliade d’Homère sur le galop des chevaux. Il se donne enfin la mort en se plongeant un poignard dans la gorge avec l’aide de son secrétaire, l’affranchi Épaphrodite. Il avait trente ans.
Sens et postérité
La phrase est généralement comprise comme le dernier mot d’un égocentrique, qui regrette moins sa vie que le talent dont le monde va être privé. Le mot latin artifex peut toutefois désigner aussi un artisan, et certains commentateurs y ont vu une amère ironie : l’empereur artiste réduit à préparer lui-même sa tombe. Aujourd’hui, on cite « Quel artiste périt avec moi ! » avec humour pour moquer une personne qui surestime son importance ou se pose en génie incompris.


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