Qui m'aime me suive
« Qui m’aime me suive ! » est une exclamation que la tradition attribue au roi de France Philippe VI de Valois, en 1328, au moment de lancer une campagne militaire contre les Flamands révoltés. La formule est devenue proverbiale : on l’emploie pour entraîner les autres à sa suite sans attendre l’accord de tous, en faisant appel à leur attachement plutôt qu’à leurs raisons.
Un roi à la légitimité discutée
Philippe VI monte sur le trône en 1328, à la mort de Charles IV le Bel, dernier des trois fils de Philippe IV le Bel, tous disparus sans héritier mâle. Fils de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, il n’est pas lui-même fils de roi : avec lui commence la branche des Valois de la dynastie capétienne.
Son avènement écarte un autre prétendant, Édouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, Isabelle de France. Cette querelle de succession compte parmi les causes de la guerre de Cent Ans, qui éclate quelques années plus tard. Au début de son règne, le nouveau souverain doit donc affirmer une autorité que certains contestent ; ses adversaires flamands le surnomment par dérision « le roi trouvé ».
L’épisode rapporté par les chroniques
En 1328, les communes de la Flandre maritime sont en révolte contre leur comte, Louis de Nevers, vassal du roi de France, qui appelle son suzerain à l’aide. D’après les Grandes Chroniques de France, rédigées à l’abbaye de Saint-Denis, une partie des barons jugeait la saison trop avancée pour entreprendre la campagne.
Interrogé par le roi, le connétable Gaucher de Châtillon aurait répondu : « Qui a bon cœur trouve toujours bon temps pour la guerre. » Le roi l’aurait alors embrassé avant de lancer à son entourage : « Qui m’aime me suive ! » L’expédition aboutit à la bataille de Cassel, le 23 août 1328, où l’armée royale l’emporte sur les milices flamandes. Ce succès affermit le prestige d’un roi dont la légitimité restait fragile.
Une parole rapportée
La phrase nous est parvenue par une chronique, non par un écrit du roi : rien ne permet d’affirmer qu’elle a été prononcée exactement sous cette forme. Les chroniqueurs médiévaux mettaient volontiers des mots frappants dans la bouche des souverains pour illustrer leur caractère. Il faut donc lire « Qui m’aime me suive ! » comme une parole attribuée, qui dit surtout l’image que l’on voulait donner du roi : celle d’un chef résolu, qui préfère l’élan de ses fidèles à la prudence de son conseil.
Certaines transcriptions anciennes impriment « Oui m’aime me suive », par une simple confusion de lettres : la forme correcte commence bien par le pronom « qui ».
Sens et emploi de l’expression
Dans la formule, « qui » est un pronom relatif sans antécédent, au sens de « celui qui » ou « quiconque » : que celui qui m’aime me suive. L’expression sert aujourd’hui à plusieurs usages :
- clore une discussion en passant à l’action, quand on refuse d’attendre l’unanimité ;
- inviter, sur le ton de la plaisanterie, des amis ou des collègues à suivre une initiative ;
- souligner, parfois avec ironie, l’assurance de celui qui part en tête sans vérifier qu’on le suit.
Elle appartient au fonds des mots historiques que la culture scolaire française a longtemps transmis, à côté d’autres paroles attribuées aux rois, dont l’authenticité est souvent incertaine mais dont le sens est resté vivant dans la langue.


1 réponses pour "Qui m'aime me suive"
j’ai lu que c’était cyrus grand chef d’une armée qui aurait dit cette phrase à ses soldats devant l’ennemi
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