Qui se ressemble s'assemble
Auteur : Homère , au VIIIe siècle av. J. -C.
« Qui se ressemble s’assemble » signifie que les personnes qui partagent les mêmes goûts, les mêmes défauts ou la même condition finissent naturellement par se retrouver ensemble. C’est l’un des plus vieux adages de l’Antiquité gréco-romaine, que l’on rencontre sous plusieurs formes imagées, et dont la première expression littéraire connue figure chez Homère, dans l’Odyssée.
L’origine : une scène de l’Odyssée
Homère, le poète que la tradition dit aveugle et situe au VIIIe siècle avant notre ère, raconte dans l’Odyssée le long retour d’Ulysse vers Ithaque après la guerre de Troie. Au chant XVII, le héros, déguisé en mendiant, se fait conduire vers son palais par le porcher Eumée, resté fidèle. Sur le chemin, le chevrier Mélanthios, passé au service des prétendants, les apostrophe : voici qu’un misérable conduit un autre misérable, car un dieu réunit toujours les semblables. Il insulte au passage le « mendiant vorace » qui usera ses épaules à toutes les portes en réclamant des restes.
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L’ironie de la scène est que l’insulteur ne voit pas qu’il s’adresse au roi d’Ithaque, dont il paiera bientôt la vengeance. Le proverbe naît donc dans la bouche d’un personnage méprisant, et son sens premier est dépréciatif : les gens de peu vont avec les gens de peu.
Les autres formulations antiques
La même idée se retrouve chez Platon, qui fait discuter dans le Lysis la thèse selon laquelle le semblable est ami du semblable, et dans la sagesse biblique : le livre du Siracide affirme que tout être vivant aime son semblable et que tout homme s’attache à qui lui ressemble. Les Latins disaient similis simili gaudet, « le semblable se réjouit du semblable ». Le français a aussi connu la forme « qui se ressemble s’assemble » dès le Moyen Âge, avec des variantes comme « chacun cherche son semblable ».
Sens et emploi aujourd’hui
L’adage a perdu une partie de sa charge négative. On l’emploie pour constater qu’un groupe d’amis, un couple ou une équipe partagent les mêmes manières d’être, parfois avec malice lorsque ces points communs sont des travers. Il a un pendant contraire, « les contraires s’attirent », ce qui montre que les proverbes décrivent des tendances et non des lois. Les langues voisines possèdent des équivalents imagés : en anglais, « birds of a feather flock together » (les oiseaux du même plumage volent ensemble) ; en espagnol, « Dios los cría y ellos se juntan ».
Ce qu’en dit la sociologie
Le proverbe rejoint une observation bien établie des sciences sociales : la tendance des individus à nouer des liens avec ceux qui leur ressemblent par l’âge, le milieu social, le niveau d’études ou les opinions. Les sociologues appellent ce phénomène l’homophilie. Il s’explique à la fois par les occasions de rencontre, plus nombreuses entre semblables, et par la facilité de la communication et de la confiance quand on partage des références communes. L’intuition d’Homère, vieille de près de trois millénaires, a donc trouvé sa confirmation dans les enquêtes modernes.
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