Rien de nouveau sous le soleil
Source : L’Ecclésiaste (Qohélet), chapitre 1, verset 9 — livre traditionnellement attribué au roi Salomon.
« Rien de nouveau sous le soleil » est une expression tirée de l’Ecclésiaste, livre de la Bible hébraïque aussi appelé Qohélet (chapitre 1, verset 9). Elle signifie que les affaires humaines se répètent et que ce que l’on croit inédit a déjà existé sous une autre forme. Passée dans le langage courant, elle sert aujourd’hui à relativiser une nouveauté ou à constater le retour d’une situation déjà connue.
Le texte d’origine
Le verset complet dit, dans une traduction usuelle : « Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera : il n’y a rien de nouveau sous le soleil. » Il appartient au premier chapitre du livre, qui s’ouvre sur la formule non moins célèbre « Vanité des vanités, tout est vanité ». Le mot hébreu traduit par « vanité », hével, désigne d’abord une buée, un souffle : ce qui passe et n’offre aucune prise. Quant à l’expression « sous le soleil », elle revient très souvent dans le livre et désigne le monde des hommes, observé d’un point de vue strictement terrestre.
Salomon : un auteur traditionnel plutôt qu’historique
Le livre se présente comme les paroles de « Qohélet, fils de David, roi à Jérusalem ». La tradition juive et chrétienne en a déduit qu’il était l’œuvre du roi Salomon, dont le règne est traditionnellement situé au Xe siècle av. J.-C. La plupart des spécialistes placent pourtant sa rédaction bien plus tard, après l’exil à Babylone, le plus souvent vers le IIIe siècle av. J.-C., en s’appuyant notamment sur sa langue, caractéristique de l’hébreu tardif. L’attribution à Salomon relève d’un procédé littéraire : placer une méditation sur la sagesse sous le nom du roi réputé le plus sage d’Israël.
Contrairement à une idée répandue, l’Ecclésiaste n’est pas un texte apocryphe. Il fait partie du canon de la Bible hébraïque, parmi les « Écrits », et de l’Ancien Testament des Églises chrétiennes.
Le sens : une méditation sur le temps et la vanité
Qohélet observe les cycles de la nature : le soleil se lève et se couche, le vent tourne et revient, les fleuves vont à la mer sans jamais la remplir. Il y voit l’image d’une histoire humaine qui tourne en rond. Ni le savoir, ni la richesse, ni le travail ne délivrent l’homme de sa condition mortelle, et même le souvenir des générations passées finit par s’effacer.
Le ton est souvent désabusé, mais le livre n’est pas uniquement pessimiste. À plusieurs reprises, il invite à goûter les joies simples de l’existence — manger, boire, trouver du plaisir dans son travail — comme autant de dons à recevoir tant que dure la vie.
Un usage devenu proverbial
La formule s’est diffusée dans de nombreuses langues : en latin, « nihil novi sub sole » ; en anglais, « nothing new under the sun ». On l’emploie notamment pour :
- rappeler qu’un phénomène présenté comme inédit a des précédents historiques ;
- tempérer l’enthousiasme suscité par une mode ou une invention ;
- constater, avec une pointe d’ironie, qu’une erreur se répète d’une génération à l’autre.
Lue dans son contexte, la phrase n’interdit pas l’innovation. Elle souligne surtout que la nature humaine, ses désirs et ses illusions changent peu d’une époque à l’autre : avant de crier à la nouveauté absolue, mieux vaut regarder ce qui s’est déjà produit.


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