Tuez-les tous ! Dieu reconnaîtra les siens
Auteur : ARNAUD AMALRIC , en 1209
« Tuez-les tous ! Dieu reconnaîtra les siens » est une phrase attribuée à Arnaud Amaury (ou Amalric), abbé de Cîteaux et légat du pape, lors du sac de Béziers, le 22 juillet 1209, au début de la croisade contre les Albigeois. Elle serait sa réponse à des croisés qui demandaient comment distinguer les catholiques des hérétiques dans la ville. La phrase est devenue le symbole du fanatisme religieux, mais son authenticité est douteuse.
Le contexte : la croisade contre les Albigeois
Au début du XIIIe siècle, le catharisme, dissidence chrétienne condamnée comme hérésie par l’Église, est bien implanté dans le Languedoc, région qui échappe largement à l’autorité du roi de France Philippe Auguste. Après l’assassinat du légat Pierre de Castelnau en 1208, le pape Innocent III appelle à la croisade. Une armée venue surtout du nord du royaume descend la vallée du Rhône en 1209, sous la direction spirituelle d’Arnaud Amaury.
Le sac de Béziers
Béziers appartient au vicomte Raymond-Roger Trencavel, accusé de protéger les hérétiques. La ville refuse de livrer ceux que les croisés lui désignent. Le 22 juillet 1209, à la suite d’une sortie des assiégés, des hommes de troupe de l’armée croisée, les « ribauds », se ruent sur les remparts et entrent dans la ville avant même que les chefs aient donné l’assaut. La ville est pillée et incendiée, et la population massacrée, y compris ceux qui s’étaient réfugiés dans les églises. Dans leur rapport au pape, les légats font état d’un nombre de morts considérable, que les historiens jugent exagéré, sans pour autant contester l’ampleur du massacre.
D’où vient la phrase ?
La formule n’apparaît dans aucun récit contemporain des faits. On la trouve pour la première fois une dizaine d’années plus tard ou davantage, dans le Dialogus miraculorum de Césaire de Heisterbach, moine cistercien de Rhénanie, qui n’était pas présent à Béziers. Son ouvrage est un recueil d’exemples et de miracles destiné à l’édification des novices, et non une chronique au sens strict. Césaire lui-même introduit l’anecdote par un « on dit que ».
Le texte latin dit à peu près : « Tuez-les ; car le Seigneur connaît ceux qui sont à lui. » Cette seconde partie reprend un verset de la Deuxième épître de Paul à Timothée (2, 19) : « Le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent. » La forme française devenue proverbiale, « Dieu reconnaîtra les siens », s’écarte donc un peu de l’original.
Ce qu’en pensent les historiens
Les chroniqueurs qui ont suivi la croisade de près, comme le cistercien Pierre des Vaux-de-Cernay, ou l’auteur de la Chanson de la croisade albigeoise, ne rapportent pas ces mots. Plusieurs récits soulignent au contraire le caractère spontané et désordonné de l’assaut, mené sans attendre les ordres. La plupart des historiens considèrent donc la phrase comme une reconstruction tardive, sans exclure qu’elle traduise l’état d’esprit de certains chefs de la croisade.
Elle n’en est pas moins passée à la postérité. On la cite encore aujourd’hui, souvent sur le mode ironique, pour dénoncer une violence aveugle qui refuse de faire la différence entre coupables et innocents.



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