Vérité et connaissance : Ce que nous appelons apprendre est une réminiscence

« Ce que nous appelons apprendre est une réminiscence » résume une thèse de Platon sur la vérité et la connaissance : apprendre ne consisterait pas à recevoir un savoir venu de l’extérieur, mais à se ressouvenir de vérités que l’âme posséderait déjà. Platon la place dans la bouche de Socrate, principalement dans le dialogue Ménon, et la reprend dans le Phédon.
Le paradoxe de Ménon
La thèse répond à une difficulté soulevée par Ménon : comment chercher ce que l’on ignore ? Si l’on sait déjà ce que l’on cherche, la recherche est inutile ; si on l’ignore totalement, on ne sait ni quoi chercher ni comment le reconnaître une fois trouvé. Ce raisonnement, qui semble rendre toute recherche impossible, est connu sous le nom de « paradoxe de Ménon ». Socrate le désamorce en soutenant que nous n’ignorons jamais tout à fait : l’âme porte en elle des connaissances oubliées qu’il s’agit de réveiller.
L’expérience de l’esclave
Pour l’illustrer, Socrate interroge un jeune esclave qui n’a jamais appris la géométrie. Il lui demande comment construire un carré dont la surface soit le double de celle d’un carré donné. L’esclave propose d’abord de doubler le côté, puis constate que la surface est alors quadruplée ; il tente ensuite une longueur intermédiaire, sans succès. Guidé par des questions, il finit par découvrir que le carré cherché se construit sur la diagonale du carré initial. Socrate souligne qu’il ne lui a rien enseigné : il s’est contenté de questionner, et l’esclave a tiré la réponse de lui-même. Cette méthode rejoint la maïeutique, l’art d’« accoucher les esprits » que Platon prête à Socrate.
Une thèse liée à l’immortalité de l’âme
Pour Platon, si l’âme peut retrouver ces vérités, c’est qu’elle les a connues avant de s’incarner dans un corps, en contemplant les Idées, réalités éternelles et immuables. La naissance lui en a fait perdre le souvenir ; la perception des choses sensibles et le dialogue philosophique permettent de le raviver. Dans le Phédon, la réminiscence sert ainsi d’argument en faveur de l’immortalité de l’âme : nous possédons des notions, comme celle d’égalité parfaite, que l’expérience ne peut nous avoir données.
Que retenir aujourd’hui ?
Peu de philosophes admettent aujourd’hui l’existence d’une vie antérieure de l’âme. Mais la question soulevée par Platon a traversé toute l’histoire de la pensée : existe-t-il des connaissances qui ne viennent pas de l’expérience ? Les rationalistes, comme Leibniz avec ses idées innées, ou Kant avec ses formes a priori de la connaissance, ont proposé d’autres réponses, tandis que les empiristes, comme Locke, ont soutenu que tout savoir vient des sens.
On peut aussi lire la réminiscence comme une leçon de pédagogie : apprendre n’est pas accumuler passivement des informations, c’est mobiliser sa propre capacité de comprendre. Le maître ne remplit pas un esprit vide ; il aide l’élève à trouver en lui-même le chemin du vrai.



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