Vous n'avez pas le monopole du cœur
« Vous n’avez pas le monopole du cœur » est une réplique de Valéry Giscard d’Estaing à François Mitterrand, prononcée lors du débat télévisé de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle française, le 10 mai 1974. Elle est restée l’une des phrases les plus célèbres de la vie politique française et s’emploie encore pour reprocher à un adversaire de s’attribuer le privilège des bons sentiments.
Le contexte : l’élection présidentielle de 1974
Le président Georges Pompidou meurt en fonctions le 2 avril 1974. Une élection présidentielle anticipée est organisée dans l’urgence. Au premier tour, Valéry Giscard d’Estaing, ministre de l’Économie et des Finances, devance le gaulliste Jacques Chaban-Delmas et se qualifie pour le second tour face à François Mitterrand, candidat de l’union de la gauche.
Pour la première fois en France, les deux finalistes d’une élection présidentielle s’affrontent dans un débat télévisé. L’événement est suivi par une très large partie des Français.
La réplique
Au cours du débat, François Mitterrand place la discussion sur le terrain de la justice sociale et de l’intelligence du cœur, opposant la sensibilité de la gauche à la gestion de son adversaire. Valéry Giscard d’Estaing lui répond :
« Je trouve toujours choquant et blessant de s’arroger le monopole du cœur. Vous n’avez pas, Monsieur Mitterrand, le monopole du cœur. Vous ne l’avez pas. »
Il ajoute qu’il a lui aussi un cœur, et qu’on ne doit pas parler aux Français d’une manière qui laisse entendre le contraire. La formule, courte et percutante, met Mitterrand en difficulté sur un terrain où il pensait avoir l’avantage.
Une phrase entrée dans l’histoire
Le 19 mai 1974, Valéry Giscard d’Estaing est élu président de la République avec environ 50,8 % des voix, l’une des victoires les plus serrées de la Ve République. Âgé de 48 ans, il veut incarner une présidence moderne et décrispée. La réplique du débat est souvent citée comme l’un des moments qui ont compté dans cette campagne, même s’il est impossible de mesurer son effet exact sur le vote.
Sept ans plus tard, en 1981, les deux hommes se retrouvent au second tour. Lors du nouveau débat, Mitterrand prend sa revanche verbale en qualifiant Giscard d’« homme du passif », en écho à l’expression « homme du passé » que celui-ci lui avait adressée en 1974. Mitterrand remporte cette fois l’élection.
Le sens de l’expression aujourd’hui
Dans le langage courant, dire à quelqu’un qu’il « n’a pas le monopole du cœur » revient à contester sa prétention à être seul du côté de la générosité ou de la morale. L’expression est fréquemment reprise, détournée ou parodiée dans le débat public, et le débat de 1974 a inauguré une tradition : depuis, le face-à-face télévisé de l’entre-deux-tours est devenu un rendez-vous attendu de chaque élection présidentielle, à de rares exceptions près.


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