Sarah Lucas
Sarah Lucas est une artiste britannique née en 1962 à Londres, figure majeure du groupe des Young British Artists apparu à la fin des années 1980. Ses autoportraits photographiques et ses sculptures faites d’objets ordinaires (meubles, vêtements, fruits, légumes, cigarettes) traitent du corps, du sexe et des clichés sur les genres avec un humour cru et provocateur.
Formation et débuts
Sarah Lucas étudie au London College of Printing, puis au Goldsmiths College de Londres, dont elle sort diplômée en 1987. Elle participe en 1988 à l’exposition Freeze, organisée par Damien Hirst, qui révèle une génération de jeunes artistes britanniques. Sa première exposition personnelle a lieu en 1992. En 1993, elle tient avec l’artiste Tracey Emin une boutique, The Shop, où toutes deux vendent des objets et des multiples qu’elles ont fabriqués ; le lieu devient un point de rencontre de la scène artistique londonienne. Elle vit et travaille en Angleterre.
Les autoportraits
Depuis le début des années 1990, Sarah Lucas réalise des autoportraits photographiques. Elle s’y montre souvent dans des poses et des tenues jugées masculines, l’air frondeur, assise jambes écartées ou une cigarette aux lèvres. Le plus célèbre, Self Portrait with Fried Eggs (1996), la montre dans un fauteuil, deux œufs au plat posés sur la poitrine. Ces images détournent le regard porté sur le corps féminin et les stéréotypes de la féminité.
Des sculptures faites d’objets ordinaires
Sarah Lucas réalise des sculptures et des installations à partir d’objets familiers, qu’elle assemble pour figurer des corps. Les fruits et légumes y deviennent des organes sexuels, les meubles des corps allongés. Dans Au Naturel (1994), un vieux matelas plié contre un mur, accompagné de melons, d’oranges, d’un concombre et d’un seau, évoque un couple au lit. D’autres œuvres utilisent des collants rembourrés, des chaises, des cuvettes de toilettes ou des cigarettes. Son travail joue sur l’ambivalence et l’ambiguïté : il mêle le comique et le malaise, la blague grossière et la réflexion sur les rôles sexuels.
Une esthétique du bricolage
Ses œuvres revendiquent un aspect sommaire, presque négligé, à l’opposé de l’objet d’art lisse et précieux. Ce choix rattache son travail à une tradition qui va du ready-made de Marcel Duchamp aux artistes qui ont pris le corps pour sujet. Il donne aussi à ses pièces une force immédiate : le spectateur reconnaît d’emblée les matériaux, puis découvre ce qu’ils représentent.
Reconnaissance
Exposée dans de nombreux musées, Sarah Lucas a représenté le Royaume-Uni à la Biennale de Venise en 2015. Son œuvre, longtemps réduite à la provocation, est aujourd’hui considérée comme l’une des plus importantes de la sculpture britannique de sa génération, notamment pour la manière dont elle interroge les représentations du genre et du désir.




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