Niele Toroni
Niele Toroni est un peintre suisse né en 1937 à Muralto, près de Locarno, installé à Paris depuis la fin des années 1950. Il est connu pour une méthode unique, appliquée sans variation depuis plus d’un demi-siècle : des empreintes de pinceau plat n° 50 répétées à intervalles réguliers de 30 centimètres. Avec Daniel Buren, Olivier Mosset et Michel Parmentier, il a formé le groupe BMPT, l’une des aventures les plus radicales de la peinture française des années 1960.
Les années de formation et l’arrivée à Paris
Né dans le Tessin, la Suisse italienne, Niele Toroni aborde la peinture en autodidacte. Il gagne Paris, où il vit et travaille ensuite. Le contexte artistique de l’époque est dominé par l’abstraction lyrique et par les débats autour du sens de la peinture : c’est contre cette peinture de l’expression personnelle que se construit sa démarche.
Le groupe BMPT (1967)
En 1967, Buren, Mosset, Parmentier et Toroni réalisent ensemble plusieurs manifestations publiques, dont la première a lieu au Salon de la Jeune Peinture à Paris. Chacun y peint devant le public son motif répétitif, puis les quatre artistes décrochent leurs toiles et déclarent ne pas exposer. Le nom du groupe, formé des initiales des quatre peintres, résume leur projet commun : réduire la peinture à un signe neutre, impersonnel et répétable, afin de mettre en cause l’illusion, la composition et le culte de l’artiste.
Le groupe se défait rapidement, mais chacun des quatre poursuit sa propre voie. Toroni reste sans doute le plus fidèle au principe de départ.
La méthode : « travail / peinture »
Toroni désigne ses œuvres par une formule invariable : Empreintes de pinceau n° 50 répétées à intervalles réguliers de 30 cm. Le pinceau n° 50 est un pinceau plat d’environ cinq centimètres de large. L’artiste le pose sur le support, laisse sa trace, puis recommence à trente centimètres de distance, jusqu’à couvrir la surface choisie.
- Les supports sont très variés : toile, coton, papier, toile cirée, panneaux, mais aussi murs et sols des lieux d’exposition.
- Les couleurs changent d’une intervention à l’autre, le plus souvent sur un fond blanc.
- Le lieu compte autant que la toile : l’intervention met en évidence l’architecture d’une salle, ses proportions ou ses accidents.
Le motif n’évolue pas ; ce qui change, c’est l’endroit, la matière et la couleur. Cette constance est le cœur du propos : montrer de la peinture plutôt qu’un sujet, et laisser voir la trace de l’outil plutôt que la main géniale de l’auteur.
Portée de l’œuvre
L’œuvre de Toroni est souvent rattachée à l’art conceptuel et à l’art minimal, sans se confondre avec eux : elle reste résolument de la peinture, faite au pinceau et à la couleur. Elle interroge ce que l’on attend d’un tableau, la place du spectateur et le rôle de l’institution qui expose. Ses interventions ont été présentées dans de nombreux musées et galeries d’Europe et d’ailleurs, et ses œuvres figurent dans des collections publiques importantes.
Pour qui découvre son travail, la meilleure approche reste de le voir en place : les empreintes, simples en apparence, ne prennent leur sens qu’au contact du mur, de la lumière et de l’espace qu’elles occupent.



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