Le désir : Le désir est l'essence même de l'homme: le désir est l'essence de l'homme citation

« Le désir est l’essence même de l’homme » : cette phrase est la première des définitions des affects que Spinoza donne à la fin de la troisième partie de l’Éthique, ouvrage publié après sa mort, en 1677. Elle renverse une longue tradition qui voyait dans le désir une faiblesse à combattre, pour en faire l’élan même de la vie humaine.
Une rupture avec la condamnation du désir
Dans le récit biblique, Adam et Ève, chassés du paradis pour avoir transgressé l’interdit divin, font peser sur l’humanité le poids du péché originel. Une part de la tradition morale et religieuse en a tiré une méfiance envers le désir, perçu comme source de tentations dont l’homme devrait se défier pour sauver son âme. Spinoza propose une tout autre lecture : le désir n’est ni une faute ni un vice, il est ce qui fait de nous des êtres agissants.
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Le conatus, effort pour persévérer dans son être
Pour comprendre la formule, il faut partir d’une notion centrale de l’Éthique : le conatus. Spinoza affirme que chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être. Cet effort constitue l’essence même de toute chose. Chez l’homme, lorsqu’il se rapporte à la fois à l’esprit et au corps, on l’appelle appétit ; et le désir est l’appétit accompagné de la conscience de lui-même.
Le désir replace ainsi l’homme dans la Nature. Comme tout être vivant, il est animé d’une tendance à agir et à se maintenir dans l’existence. Mais il en a conscience, et il déploie cet élan bien au-delà de la survie : création, connaissance, amitié, bienveillance envers autrui.
Ce n’est pas parce qu’une chose est bonne que nous la désirons
Spinoza tire de là une conséquence célèbre. Selon lui, nous ne désirons pas une chose parce que nous la jugeons bonne ; c’est au contraire parce que nous la désirons que nous la jugeons bonne. Le bien et le mal ne sont donc pas des réalités extérieures qui commanderaient au désir : ils expriment ce qui augmente ou diminue notre puissance d’agir.
Le désir est d’ailleurs, avec la joie et la tristesse, l’un des trois affects primaires dont Spinoza dérive tous les autres. La joie accompagne le passage à une puissance d’agir plus grande, la tristesse le passage à une puissance moindre.
Un désir à éclairer, non à étouffer
Spinoza ne légitime pas pour autant n’importe quel caprice. Un désir né d’idées confuses peut nous asservir, et il appelle « servitude » l’impuissance de l’homme à gouverner ses affects. Tout l’enjeu de l’Éthique est d’apprendre à connaître cette vitalité pour la conduire par la raison, en vue d’une existence libre et heureuse, que Spinoza nomme béatitude. Renoncer au désir reviendrait à nier sa propre nature et à se priver de l’énergie qui seule peut nourrir la joie.

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