Gina Pane
Gina Pane (1939-1990) est une artiste française, d’origine italienne par son père, considérée comme l’une des figures majeures de l’art corporel, ou body art, en Europe. Dans les années 1970, elle réalise des actions au cours desquelles elle s’inflige de légères blessures devant le public, afin de faire éprouver aux spectateurs la vulnérabilité du corps et leur propre rapport à la douleur d’autrui.
Biographie de Gina Pane
Née à Biarritz en 1939, Gina Pane passe une partie de son enfance en Italie avant de s’installer à Paris, où elle étudie à l’École des beaux-arts dans la première moitié des années 1960. Ses premiers travaux sont des peintures et des sculptures d’inspiration géométrique. À la fin des années 1960, elle se tourne vers des interventions dans la nature, puis vers l’action corporelle, qui fera sa renommée.
Elle enseigne à l’École des beaux-arts du Mans à partir du milieu des années 1970 et anime, à la fin de la décennie, un atelier consacré à la performance au Centre Georges-Pompidou. Elle meurt à Paris en 1990.
Les actions corporelles
À partir de 1970, Gina Pane conçoit ses « actions » comme des rituels minutieusement préparés. Elle y utilise des lames de rasoir, des épines de rose, du verre ou du feu, et se blesse de façon contrôlée, sans jamais rechercher le spectaculaire pour lui-même. Parmi ses actions les plus connues :
- Escalade non anesthésiée (1971), où elle gravit pieds et mains nus une structure métallique hérissée d’arêtes coupantes ;
- Azione sentimentale (1973), présentée à Milan, au cours de laquelle elle enfonce des épines de rose dans son avant-bras ;
- Psyché (1974), consacrée au rapport à sa propre image.
Elle résume sa démarche par une phrase souvent citée : « Si j’ouvre mon corps afin que vous puissiez y regarder votre sang, c’est pour l’amour de vous : l’autre. » La blessure n’est pas une fin, mais un langage destiné à rompre l’indifférence du spectateur, à une époque marquée par la guerre du Viêt Nam et les violences sociales.
Les « constats » photographiques
Chaque action est photographiée, principalement par Françoise Masson, selon un découpage établi à l’avance par l’artiste. Gina Pane assemble ensuite ces images, ses dessins préparatoires et des objets utilisés pendant l’action en panneaux qu’elle appelle des « constats ». Ce sont eux, plus que les actions elles-mêmes, qui sont aujourd’hui conservés et exposés dans les musées.
Les « Partitions » et la référence aux martyrs
À la fin des années 1970, Gina Pane cesse les actions corporelles. Elle entreprend une série d’œuvres intitulées Partitions, assemblages de métal, de verre, de bois et de photographies. Le corps n’y est plus présent physiquement : il est évoqué par des formes simples et par la figure des saints et des martyrs, dont l’iconographie chrétienne l’a toujours fascinée. Ces œuvres prolongent, sous une forme plus méditative, sa réflexion sur la souffrance, la compassion et le lien à l’autre.
Son travail, longtemps jugé dérangeant, a fait l’objet de rétrospectives et figure dans plusieurs collections publiques françaises, dont celle du Centre Pompidou.



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