Hans Haacke
Hans Haacke est un artiste né en 1936 à Cologne, en Allemagne, figure majeure de l’art conceptuel et de la « critique institutionnelle ». Son œuvre dévoile les liens entre l’art, l’argent et le pouvoir : financement des musées par les entreprises, propriété immobilière, mécénat, mémoire politique. Il est installé à New York depuis 1965.
Formation et premiers travaux
Il étudie à l’école d’art de Kassel, puis, grâce à une bourse, à la Tyler School of Art de Philadelphie. Au début des années 1960, il est proche du groupe Zero, à Düsseldorf. Ses premières œuvres exploitent des phénomènes physiques et biologiques : ses « cubes de condensation », boîtes de plexiglas où l’eau s’évapore et se condense au gré de la température de la salle, montrent un système en perpétuel changement plutôt qu’un objet achevé.
L’art face au pouvoir économique et politique
À partir de la fin des années 1960, il applique cette logique des systèmes à la société elle-même. En 1971, le musée Guggenheim de New York annule son exposition personnelle à cause d’une œuvre documentant, à partir de registres publics, les propriétés d’un groupe immobilier de Manhattan ; l’affaire fait de lui une figure de l’art engagé. Dans le Projet Manet de 1974, il retrace les propriétaires successifs d’un tableau de Manet pour montrer comment la valeur artistique se mêle aux fortunes et aux carrières ; l’œuvre est refusée par le musée qui devait l’exposer. Il détourne aussi logos, slogans publicitaires et articles de presse pour mettre en cause le mécénat des grandes entreprises, comme dans Les Must de Rembrandt (1986), qui vise les liens d’un groupe industriel avec l’Afrique du Sud de l’apartheid.
Venise et le Reichstag
En 1993, il représente l’Allemagne à la Biennale de Venise aux côtés de Nam June Paik. Son installation Germania, dans laquelle le sol de marbre du pavillon, remanié à l’époque nazie, est brisé en morceaux, confronte le pays à son passé ; le pavillon allemand reçoit le Lion d’or. En 2000, il installe dans une cour du Reichstag, à Berlin, l’œuvre Der Bevölkerung (« À la population »), qui répond à l’inscription Dem deutschen Volke (« Au peuple allemand ») gravée sur la façade ; les députés sont invités à y verser de la terre de leur circonscription. Le projet a suscité un vif débat au Bundestag.
La critique institutionnelle
Pour Haacke, le monde de l’art fait partie intégrante de ce qu’il appelle « l’industrie de la conscience » : musées, expositions et débats interagissent avec la politique et le climat idéologique. Avec des artistes comme Michael Asher, Daniel Buren ou Marcel Broodthaers, il est l’une des références de la critique institutionnelle, courant qui fait de l’institution artistique elle-même le sujet de l’œuvre.




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