Piero Manzoni
Piero Manzoni (1933-1963) est un artiste italien, figure majeure de l’avant-garde européenne de la fin des années 1950, connu pour ses toiles blanches, les Achromes, et pour des œuvres provocatrices comme Merde d’artiste. En moins de dix ans de carrière, il a interrogé radicalement ce qui fait une œuvre d’art et le rôle de l’artiste, ouvrant la voie à l’art conceptuel.
Une carrière fulgurante
Né en 1933 à Soncino, en Lombardie, Piero Manzoni grandit à Milan, où il mène toute sa carrière. Il fréquente d’abord le Mouvement nucléaire d’Enrico Baj, puis s’en éloigne. L’exemple de Lucio Fontana et la découverte des monochromes d’Yves Klein, exposés à Milan en 1957, jouent un rôle décisif dans son évolution.
En 1959, il fonde avec Enrico Castellani la revue Azimuth et la galerie Azimut, qui accueillent de jeunes artistes européens partageant la volonté de repartir de zéro. Il est proche du groupe allemand ZERO et des artistes néerlandais de la même mouvance. Il meurt à Milan d’une crise cardiaque en février 1963, à 29 ans.
Les Achromes
À partir de 1957, Manzoni réalise des toiles blanches, plissées et imprégnées de kaolin, une argile blanche, qu’il appelle Achromes, c’est-à-dire « sans couleur ». Il ne s’agit pas de peindre un tableau blanc, mais de produire une surface neutre, libérée de toute image et de toute expression personnelle. Il étend ensuite le principe à d’autres matériaux : coton, fibre de verre, paille, polystyrène, cailloux, petits pains.
Lignes, souffle et œufs
- Les Lignes (à partir de 1959) : Manzoni trace à l’encre une ligne sur une bande de papier, l’enroule et l’enferme dans un étui scellé, qui porte la longueur du trait et la date. L’œuvre est donc invisible. La plus longue, réalisée en 1960 au Danemark, mesure plus de sept kilomètres.
- Le Souffle d’artiste : des ballons gonflés par l’artiste et fixés sur un socle.
- Les œufs : en 1960, il marque des œufs durs de son empreinte de pouce et invite le public à les manger, faisant de la consommation de l’œuvre un événement.
Merde d’artiste et sculptures vivantes
En 1961, Manzoni produit sa série la plus célèbre, Merde d’artiste : quatre-vingt-dix petites boîtes de conserve numérotées, censées contenir chacune trente grammes de ses excréments, vendues au prix du même poids d’or. L’œuvre tourne en dérision la valeur marchande attachée à tout ce qui vient de l’artiste ; elle est aujourd’hui conservée dans de grandes collections.
La même année, il signe des personnes qu’il déclare « sculptures vivantes » et leur remet un certificat d’authenticité. Il crée aussi le Socle du monde, un socle de métal posé à l’envers dans un parc de Herning, au Danemark : c’est la Terre entière qui devient l’œuvre exposée.
Postérité
Longtemps perçu comme un provocateur, Manzoni est désormais considéré comme un précurseur de l’art conceptuel et de l’art corporel. Ses Achromes sont présents dans de nombreux musées, et de grandes rétrospectives lui ont été consacrées en Europe et aux États-Unis.


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