Rudolf Schwarzkogler
Rudolf Schwarzkogler (1940-1969) est un artiste autrichien, membre de l’actionnisme viennois, mouvement qui a fait du corps le matériau principal de l’œuvre. Il est connu pour six actions réalisées en 1965 et 1966, conservées surtout sous forme de photographies, et pour la légende qui a longtemps entouré sa mort.
Une formation à Vienne
Né en 1940 à Vienne, Rudolf Schwarzkogler étudie les arts graphiques puis les arts appliqués dans sa ville natale. Proche de Hermann Nitsch, il rejoint au milieu des années 1960 le cercle des actionnistes viennois, aux côtés de Nitsch, d’Otto Muehl et de Günter Brus. Ces artistes rompent avec la peinture de chevalet et mettent en scène des actions, souvent provocantes, qui mobilisent le corps, des matières organiques et des objets du quotidien.
Six actions entre 1965 et 1966
Sa première action, intitulée Mariage (Hochzeit), a lieu en février 1965. Elle est suivie de cinq autres actions, réalisées pour la plupart sans public, devant l’objectif d’un photographe. On y voit un corps enveloppé de gaze blanche, entouré d’objets comme des ciseaux, des lames, des fils électriques ou des poissons morts. Ces images, d’une grande froideur, évoquent la blessure, la castration et la mort, sans jamais montrer de violence réelle.
Dans plusieurs de ces actions, le corps photographié n’est pas celui de Schwarzkogler, mais celui d’un ami qui lui servait de modèle, Heinz Cibulka. Les photographies, et non une performance devant un public, constituent l’œuvre telle qu’elle nous est parvenue. Schwarzkogler y manifeste un intérêt pour la psychanalyse et pour l’idée d’un art capable de guérir.
Dessins et écrits
Après sa dernière action, en 1966, Schwarzkogler renonce aux actions et se consacre surtout au dessin et à l’écriture. Ses textes développent une réflexion sur la purification des sens, l’ascèse et la peinture conçue comme un art curatif. Ces écrits, restés en grande partie à l’état de notes, ont été étudiés après sa mort pour éclairer le sens de ses actions.
Une mort entourée de légendes
Rudolf Schwarzkogler meurt en 1969 à Vienne, à l’âge de vingt-huit ans, en tombant de la fenêtre de son appartement. Il traversait alors une période de profonde détresse ; les circonstances exactes de sa chute, suicide ou accident, restent discutées.
Dans les années 1970, une légende s’est répandue dans la presse : l’artiste serait mort des suites d’une automutilation commise au cours d’une action. Elle est fausse. Elle provient d’une lecture littérale des photographies, alors que celles-ci étaient mises en scène et qu’elles ne montraient pas toujours l’artiste lui-même. Cette confusion a longtemps occulté la dimension symbolique de son travail.
Postérité
Aujourd’hui, les photographies des actions de Schwarzkogler sont conservées dans plusieurs collections publiques et régulièrement exposées. Elles comptent parmi les images les plus marquantes de l’actionnisme viennois et de l’art corporel des années 1960, et sont souvent citées dans les réflexions sur la place de la photographie dans la performance.


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