Des petits sauvageons qui vivent dans le virtuel

> > Des petits sauvageons qui vivent dans le virtuel ; écrit le: 28 mars 2012 par lamia

Auteur : Jean-Pierre Chevènement , en 1998

Explication

Ministre de l’intérieur depuis le 4juin 1997, Jean-Pierre Chevènement affronte la multiplication par quatre des violences urbaines en quatre ans. Au début du mois de mars 1998, deux meurtres avec armes à feu a» impliquent des mineurs. À l’issue du conseil de sécurité intérieure réuni le 9 mars par le Premier ministre Lionel Jospin, Jean-Pierre Chevènement tient une conférence de presse.

Il s’agit désormais «de photographier, de filmer, d’identifier» les auteurs de violences («une poignée qui détériore la vie collective»). Puis le ministre stigmatise longuement «des petits sauvageons qui vivent dans le virtuel. Ils passent plus de temps à regarder la télévision que devant leur maître d’école. Ils ne savent pas que quand on tire avec un pistolet, à la télévision cela ne fait pas mal. Dans la réalité, vous pouvez tuer. » Dès le 27 avril, il redéploie 3 000 policiers et gendarmes dans 26 départements sensibles afin de « supprimer les zones de non-droit». Autres dispositifs avancés par la suite: «responsabiliser les parents », « apporter une réponse systématique, rapide et lisible à chaque acte de délinquance, quel qu’il soit. » En janvier 1999, il envisage d’enfermer les délinquants mineurs multirécidivistes dans des «centres de retenue» et de suspendre ou mettre sous tutelle les allocations o familiales. Le Premier ministre écarte aussitôt cette idée.

Jean-Pierre Chevènement incarne désormais une gauche « républicaine et citoyenne» qui reprend à son compte certaines recettes classées traditionnellement à droite. En 2007, il a soutenu très activement Ségolène Royal. Il n’était pas étranger aux propositions d’encadrement militaire en centre fermé, de responsabilisation des parents et de sanc¬tion du premier acte de délinquance présentées par la candidate socialiste. Au grand dam d’une partie de la gauche…

Qu’est-ce que l’homosexualité, sinon l’impossibilité d’une personne à pouvoir atteindre l’autre dans sa différence sexuelle ? »
Christine Boutin, en 1998 L’adoption du pacte civil de solidarité (PACS) a donné lieu à une longue  bataille parlementaire en 1998-1999. Son adversaire la plus résolue, une  Bible dans son sac à main, fut la députée des Yvelines Christine Boutin,  militante anti-avortement etanti-euthanasie (ou « pro-vie »), experte auprès du Vatican sur les questions familiales.

Le 3 novembre 1998, son intervention à l’Assemblée nationale la rend célèbre. « L’organisation juridique du mariage est parvenue à une quasi-perfec¬tion, déclare-t-elle. Comme toute œuvre d’art qui est connue pour sa beauté et que l’on tente maladroitement de copier (…), on s’apprête à nous proposer une contrefaçon de l’institution du mariage. » Pour elle, « le PACS
discrédite notre pays », « insulte la grande tradition juridique française » ; ce projet « né dans les milieux homosexuels » est « une chimère, un monstre ». L’homosexualité? «Inféconde par nature, elle ne répond pas aux critères démographiques et éducatifs qui fondent les devoirs de l’État à l’égard du couple (…). En effet, qu’est-ce que l’homosexualité, sinon l’impossibilité
d’une personne à pouvoir atteindre l’autre dans sa différence sexuelle?» Sans parler d’un «fantasme narcissique d’auto-engendrement». Mais comme chrétienne, Christine Boutin respecte les personnes homo¬sexuelles, «d’autant plus qu’à l’origine de leur situation affective existe souvent la souffrance ». Conclusion : « Avec l’adoption de ce texte, on ouvrirait une véritable boîte de Pandore. Par une série de réactions en chaîne, c’est toute la cohérence du droit, mais aussi l’équilibre des finances de l’État qui seraient compromis. »

Un mois plus tard, le Premier ministre Jospin regrette à l’Assemblée le choix de l’opposition de confier ce dossier de société « à une députée marginale sur ces questions et outrancière dans ses propos». Cette formule déclenchera les larmes et la colère de la députée.

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