J'accuse…
« J’accuse…! » est le titre donné à la lettre ouverte d’Émile Zola au président de la République Félix Faure, publiée le 13 janvier 1898 à la une du quotidien L’Aurore. Ce texte a relancé l’affaire Dreyfus et reste le modèle de l’intervention d’un écrivain dans le débat public au nom de la justice.
L’affaire Dreyfus
En décembre 1894, le capitaine Alfred Dreyfus, officier d’origine alsacienne et de confession juive, est condamné pour trahison au profit de l’Allemagne, sur la base d’un bordereau qu’il n’a pas écrit. Il est dégradé puis déporté à l’île du Diable, en Guyane. L’antisémitisme et le climat de revanche contre l’Allemagne, qui avait annexé l’Alsace-Lorraine en 1871, pèsent lourdement sur l’affaire. Le lieutenant-colonel Picquart découvre ensuite que le véritable auteur du bordereau est le commandant Esterhazy. Mais le 11 janvier 1898, un conseil de guerre acquitte Esterhazy.
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La lettre de Zola
Deux jours plus tard, Zola, romancier célèbre pour la série des Rougon-Macquart, publie sa lettre. Il y dénonce une erreur judiciaire couverte par la hiérarchie militaire, puis enchaîne une série d’accusations nominatives contre des officiers et des experts, chacune ouverte par les mots « J’accuse ». C’est Georges Clemenceau, alors éditorialiste à L’Aurore, qui choisit le titre imprimé en grandes capitales à la une. La lettre se termine par ces mots : « J’attends. » Zola y assume par avance les poursuites qu’il provoque. Le texte contient aussi une phrase devenue célèbre : « La vérité est en marche, et rien ne l’arrêtera. »
Le procès et l’exil
Zola savait qu’il s’exposait à des poursuites, et c’était son objectif : un procès public devait permettre de rouvrir le dossier. Poursuivi pour diffamation, il est condamné en février 1898 à un an de prison et à une amende. Après l’annulation de ce jugement et un nouveau procès, il quitte la France pour l’Angleterre en juillet 1898, sur le conseil de ses proches, et y reste près d’un an.
L’issue de l’affaire
La découverte, en 1898, d’un faux fabriqué par l’officier Hubert Henry pour accabler Dreyfus ébranle l’accusation. Rejugé à Rennes en 1899, Dreyfus est de nouveau condamné, avec circonstances atténuantes, puis gracié par le président Émile Loubet. Il n’est réhabilité qu’en 1906 par la Cour de cassation et réintégré dans l’armée. Zola, mort en 1902, n’a pas vu cette réhabilitation ; ses cendres sont transférées au Panthéon en 1908.
La portée du texte
« J’accuse…! » a profondément divisé la société française entre dreyfusards et antidreyfusards. L’affaire a contribué à faire émerger la figure de l’« intellectuel » engagé, a renforcé la défense des droits de l’homme, avec la fondation de la Ligue des droits de l’homme en 1898, et a pesé dans l’évolution de la République au début du XXe siècle.

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