Je crois aux forces de l'esprit , et je ne vous quitterai pas
Auteur : François Mitterrand, en 1994
« Je crois aux forces de l’esprit, et je ne vous quitterai pas » est la phrase par laquelle François Mitterrand conclut ses derniers vœux télévisés aux Français, le 31 décembre 1994. Président de la République depuis 1981, gravement malade, il sait alors que son second septennat s’achève quelques mois plus tard. La formule, inhabituelle dans la bouche d’un chef de l’État, a durablement marqué les esprits.
La fin de quatorze ans de présidence
Élu en mai 1981 puis réélu en 1988, François Mitterrand a exercé deux septennats, la plus longue présidence de la Ve République. À la fin de 1994, il ne se représente pas : l’élection présidentielle doit avoir lieu au printemps 1995. Depuis 1992, il a rendu publique sa maladie, un cancer de la prostate, qui progresse. Ces vœux sont donc les derniers qu’il adresse aux Français en tant que président, et chacun le sait en l’écoutant.
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Les mots prononcés
L’allocution commence de façon classique, par un tour d’horizon de l’année écoulée et un hommage à ceux qui servent le pays. La fin change de ton. Le président annonce que l’an prochain, ce sera son successeur qui présentera les vœux, et ajoute que, là où il sera, il l’écoutera, « le cœur plein de reconnaissance pour le peuple français » qui lui a si longtemps confié son destin. Il conclut par la phrase devenue célèbre : « Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. »
Ce que la phrase veut dire
Prononcée par un homme qui se sait condamné, la phrase a été comprise de plusieurs façons. Certains y ont entendu l’évocation d’une forme de survie spirituelle ; d’autres, la promesse que son action et ses idées continueraient de peser sur la vie publique après lui. Mitterrand, qui entretenait un rapport complexe et discret avec la religion, n’a jamais précisé le sens exact qu’il lui donnait. Cette ambiguïté fait la force de la formule : chacun peut y lire un adieu ou un message d’espérance.
Une résonance littéraire
Grand lecteur, attentif au style, Mitterrand avait le goût des formules. On a rapproché ces vœux des « Mémoires d’outre-tombe » de Chateaubriand, écrits pour être lus après la mort de leur auteur, ou de Victor Hugo qui, exilé à Jersey, se livra à des séances de tables tournantes pour converser avec les esprits. Ces rapprochements relèvent de l’interprétation : aucun document ne permet d’affirmer que le président y pensait.
Après les vœux
Jacques Chirac est élu président de la République en mai 1995. François Mitterrand meurt à Paris le 8 janvier 1996, à l’âge de 79 ans. La phrase de 1994 est restée attachée à sa mémoire : elle est régulièrement citée lors des anniversaires de sa mort et dans les portraits qui lui sont consacrés, comme l’une des sorties les plus singulières d’un homme politique français.
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