La conscience et l'inconscient : L'homme n'est qu'un roseau , le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant

« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant » : cette phrase de Blaise Pascal (1623-1662), tirée des Pensées, affirme que toute la grandeur de l’homme tient à sa conscience. Fragile au point qu’une vapeur ou une goutte d’eau suffit à le tuer, l’homme l’emporte pourtant sur l’univers qui l’écrase, parce qu’il sait qu’il meurt. Ce fragment compte parmi les textes les plus étudiés en philosophie lorsqu’il s’agit de la conscience.
Le texte de Pascal
Le fragment complet se lit ainsi : « L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui ; l’univers n’en sait rien. Toute notre dignité consiste donc en la pensée. »
Les Pensées sont un ensemble de notes que Pascal destinait à une apologie de la religion chrétienne. Restées inachevées à sa mort, elles ont été publiées pour la première fois en 1670 par ses amis de Port-Royal. Leur classement varie selon les éditions : ce fragment porte par exemple le numéro 347 dans l’édition Brunschvicg et le numéro 200 dans l’édition Lafuma.
Une faiblesse du corps, une grandeur de la pensée
Le raisonnement repose sur un renversement. Par le corps, l’homme est le plus vulnérable des êtres : la nature n’a besoin d’aucun effort pour le détruire. Mais l’univers, qui l’écrase, ignore qu’il l’écrase ; l’homme, lui, sait qu’il meurt. Cette connaissance de sa propre faiblesse le place au-dessus de ce qui le domine. La conscience transforme ainsi la misère en grandeur : savoir que l’on est misérable, c’est déjà ne plus l’être tout à fait.
Pascal en tire une conséquence morale : « Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale. » Un fragment voisin précise l’idée : ce n’est pas de l’espace qu’il faut tirer sa dignité, car « par l’espace, l’univers me comprend et m’engloutit comme un point ; par la pensée, je le comprends ». Le verbe « comprendre » y joue sur ses deux sens : contenir et saisir par l’esprit.
Le cadre religieux de la pensée de Pascal
Ce paradoxe s’éclaire si l’on se souvient du projet de Pascal. Pour lui, l’homme est un mélange de grandeur et de misère que seule la religion chrétienne explique : la grandeur vient de la création divine, la misère de la chute et du péché originel. Ne voir que sa grandeur conduit à l’orgueil ; ne voir que sa misère mène au désespoir. Jésus-Christ, Dieu fait homme, est selon Pascal le seul médiateur qui permette de tenir ensemble ces deux vérités.
Conscience et inconscient : ce que le texte permet de penser
Dans un cours sur la conscience, le roseau pensant illustre l’idée que la conscience fait la dignité humaine. On peut le rapprocher de Descartes, pour qui la pensée est la première certitude (« je pense, donc je suis », Discours de la méthode, 1637). La notion d’inconscient, développée par Freud au tournant du XXe siècle, invite cependant à nuancer : si une part de notre vie psychique nous échappe, « le moi n’est pas maître dans sa propre maison », selon la formule de Freud.
Pascal lui-même ne croit pas l’homme transparent à lui-même. Sa critique du « divertissement » montre que nous fuyons sans cesse la pensée de notre condition. Pour une dissertation, on peut donc retenir trois idées :
- la conscience est ce qui distingue l’homme et fonde sa dignité ;
- elle est aussi conscience de sa finitude, donc source d’inquiétude ;
- elle n’est jamais acquise : il faut « travailler à bien penser », contre le divertissement et contre ce qui nous échappe de nous-mêmes.



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