La conscience et l'inconscient : Montrer au moi qu'il n'est seulement pas maître dans sa propre maison
« Le moi n’est pas maître dans sa propre maison » : cette formule de Sigmund Freud résume l’apport de la psychanalyse à la question de la conscience et de l’inconscient. Elle signifie qu’une grande partie de notre vie psychique échappe à la conscience et que nos pensées, nos désirs et nos actes sont en partie déterminés par des processus que nous ne connaissons pas. Freud l’a développée notamment dans un court texte de 1917, « Une difficulté de la psychanalyse ».
Les trois blessures du narcissisme humain
Freud présente la psychanalyse comme la troisième grande humiliation infligée à l’amour-propre de l’humanité :
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- la blessure cosmologique, avec Copernic, qui montre que la Terre n’est pas le centre de l’univers ;
- la blessure biologique, avec Darwin, qui montre que l’homme est une espèce animale issue de l’évolution ;
- la blessure psychologique, avec la psychanalyse, qui montre que le moi ne gouverne pas entièrement son propre esprit.
C’est dans ce contexte qu’apparaît la formule : le moi croit tout savoir de ce qui se passe en lui, alors qu’il n’en perçoit qu’une petite partie. Freud reprend la même idée dans ses Leçons d’introduction à la psychanalyse. Concrètement, cela signifie que nous pouvons nous tromper de bonne foi sur les raisons de nos choix, de nos peurs ou de nos attachements, et que l’introspection seule ne suffit pas à nous connaître.
Freud n’a pas inventé l’inconscient
L’idée de processus mentaux inconscients existait avant Freud. Des philosophes comme Leibniz, avec ses « petites perceptions », ou Schopenhauer l’avaient approchée, et Eduard von Hartmann publia en 1869 une Philosophie de l’inconscient. L’originalité de Freud est d’avoir fait de l’inconscient un système psychique actif, fait de désirs refoulés qui cherchent à s’exprimer, et d’en avoir tiré une méthode d’exploration et de soin.
Comment l’inconscient se manifeste
Pour Freud, l’inconscient ne se laisse pas observer directement ; il se révèle par ses effets :
- les rêves, qu’il appelle « la voie royale » vers l’inconscient dans L’Interprétation du rêve (1900) ;
- les actes manqués et les lapsus, étudiés dans Psychopathologie de la vie quotidienne (1901) ;
- les symptômes névrotiques, qui expriment un conflit psychique sous une forme déguisée.
Freud a proposé deux modèles de l’appareil psychique : une première topique, qui distingue inconscient, préconscient et conscient, puis une seconde, exposée dans Le Moi et le Ça (1923), qui distingue le ça, le moi et le surmoi.
Une thèse discutée
La thèse freudienne a suscité de vifs débats. Jean-Paul Sartre, dans L’Être et le Néant (1943), lui oppose la notion de mauvaise foi : selon lui, le sujet se ment à lui-même plutôt que d’être mené par un inconscient qui lui échapperait. D’autres critiques ont porté sur le caractère scientifique de la psychanalyse. Mais l’idée que la conscience n’est pas transparente à elle-même s’est imposée bien au-delà de la psychanalyse et reste un sujet classique de la philosophie.

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