La religion : La religion serait la névrose obsessionnelle universelle de l humanité

« La religion serait la névrose obsessionnelle universelle de l’humanité » : cette formule de Sigmund Freud figure dans L’Avenir d’une illusion (1927). Le fondateur de la psychanalyse y compare la religion à un trouble psychique, la névrose obsessionnelle, en soulignant que l’une et l’autre reposent sur des rituels destinés à conjurer l’angoisse. L’analogie est volontairement provocante ; elle prolonge une réflexion que Freud avait engagée vingt ans plus tôt.
Une idée formulée dès 1907
Dans un court article de 1907, « Actions obsédantes et exercices religieux », Freud relève les ressemblances entre les cérémoniaux des névrosés et les pratiques religieuses : même scrupule dans l’exécution, même angoisse quand un geste est omis, même isolement de ces actes par rapport au reste de la vie. Il propose alors de voir dans la névrose obsessionnelle une sorte de religion privée, et dans la religion une névrose obsessionnelle universelle. L’Avenir d’une illusion reprend cette idée à l’échelle de la civilisation.
Qu’est-ce que la névrose obsessionnelle ?
Pour la psychanalyse, la névrose obsessionnelle naît d’un conflit entre des désirs refoulés, souvent agressifs ou sexuels, et les interdits intériorisés par le sujet. Pour ne pas se sentir coupable de pulsions ressenties comme menaçantes, la personne multiplie les rituels : vérifications répétées, rangements méticuleux, souci de la symétrie ou de la propreté. Elle accomplit ces petits cérémoniaux pour apaiser son angoisse, tout en ayant souvent conscience de leur absurdité. La psychiatrie actuelle parle plutôt de trouble obsessionnel-compulsif (TOC), décrit sans référence obligatoire à la théorie freudienne.
Le sens de l’analogie
Le croyant, lui aussi, accomplit des rites et respecte des interdits pour se protéger de dangers : le malheur, la faute, la mort. Freud voit dans la religion une réponse collective à la détresse humaine face à la nature et au destin, nourrie par le désir d’un père protecteur. C’est en ce sens qu’il la qualifie d’« illusion » : non pas nécessairement une erreur, mais une croyance dictée par le désir. Il ajoute que l’adhésion à la religion épargnerait au croyant la formation d’une névrose personnelle : la névrose partagée dispenserait de la névrose individuelle. L’universalité de la religion s’expliquerait ainsi par l’universalité de la détresse qu’elle apaise.
Portée et critiques
La thèse a suscité de nombreuses objections. Le pasteur suisse Oskar Pfister, ami de Freud, lui répondit dès 1928 par L’Illusion d’un avenir. Carl Gustav Jung, qui s’était éloigné de Freud, accordait au contraire une fonction positive au symbolisme religieux. Philosophes et historiens des religions reprochent aussi à Freud de réduire des phénomènes très divers à un modèle tiré de la clinique individuelle. Par-delà la provocation, la formule rappelle que, dans nos troubles psychiques comme dans nos croyances, les mécanismes de défense peuvent engendrer des illusions qui menacent parfois de prendre le pas sur la réalité.


vous devez être connecter pour déposer un commentaire connecter