La science : La nature ne fait rien en vain
« La nature ne fait rien en vain » est une formule d’Aristote, philosophe grec du IVe siècle avant notre ère, qui revient dans plusieurs de ses traités de biologie et dans sa Politique. Elle résume sa conviction que chaque organe, chaque être vivant et chaque processus naturel a une raison d’être. Souvent présentée comme typique d’une pensée préscientifique, elle repose pourtant sur une observation attentive du vivant.
Un naturaliste avant tout
La constitution des êtres vivants n’a cessé de préoccuper Aristote. Une part considérable de ce qui nous reste de son œuvre relève de ce que nous appellerions aujourd’hui la biologie : l’Histoire des animaux, les Parties des animaux, la Génération des animaux. Il y décrit avec précision de très nombreuses espèces, dont beaucoup d’animaux marins, et cherche à comprendre la fonction de chacun de leurs organes.
Le sens de la formule
Pour Aristote, les êtres vivants se comprennent, comme toute chose, par la raison. Leur constitution n’est pas le fruit du hasard : elle révèle un ordre, une organisation qui peut faire l’objet d’une connaissance rigoureuse. Chaque corps est un agencement d’organes qui accomplissent des fonctions précises, sans élément superflu. La sagesse de la nature se lit justement dans l’économie de ses moyens : elle donne à chaque animal ce dont il a besoin pour vivre dans son milieu.
Cette idée s’inscrit dans sa théorie des quatre causes. Pour expliquer une chose, il faut connaître sa matière, sa forme, ce qui l’a produite, mais aussi sa fin, c’est-à-dire ce en vue de quoi elle existe. La formule exprime le primat de cette cause finale dans l’étude du vivant.
L’exemple de l’homme et de la parole
Dans la Politique, Aristote applique le même principe à l’homme. Puisque la nature ne fait rien en vain et que l’homme est le seul animal doué de parole, cette parole doit avoir une fonction : elle sert à exprimer l’utile et le nuisible, le juste et l’injuste. C’est l’un des arguments qui fondent sa définition de l’homme comme « animal politique », fait pour vivre en cité.
Les limites du finalisme
De la rationalité de la nature à sa perfection, il y a un pas qu’Aristote franchit avec audace. En cherchant la raison d’être de toute chose, il introduit parfois une finalité non vérifiée. Sans affirmer que le monde a été agencé par un dieu architecte, il soutient que les plantes existent en vue des animaux et les animaux en vue de l’homme.
La biologie moderne a pris ses distances avec ce finalisme. Depuis Darwin, l’adaptation des organes s’explique par la sélection naturelle, sans qu’il soit besoin de supposer un but : un organe existe parce qu’il a favorisé la survie et la reproduction de ceux qui le possédaient. Les biologistes continuent pourtant de se demander « à quoi sert » un organe, ce qui montre que la question d’Aristote reste une méthode féconde, même si sa réponse a changé.


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