La technique et l'action: Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre

« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » est la formule centrale du philosophe allemand Hans Jonas, dans son ouvrage Le Principe responsabilité (1979). Elle énonce un impératif moral adapté à l’âge technique : nos actions doivent préserver la possibilité, pour les générations futures, de mener une vie pleinement humaine.
Hans Jonas et Le Principe responsabilité
Hans Jonas (1903-1993), philosophe d’origine juive allemande, élève de Martin Heidegger et de Rudolf Bultmann, quitte l’Allemagne après l’arrivée des nazis au pouvoir et poursuit sa carrière au Canada puis aux États-Unis. Publié en allemand en 1979 sous le titre Das Prinzip Verantwortung et traduit en français en 1990, Le Principe responsabilité fait de lui l’un des premiers penseurs à interroger la civilisation technologique d’un point de vue éthique et écologique.
Une éthique pour l’âge de la technique
Pour Jonas, la technique moderne a profondément changé la nature de l’action humaine. Les morales traditionnelles réglaient des rapports entre contemporains, dans un monde où les effets des actes restaient limités dans l’espace et dans le temps. Désormais, l’humanité dispose de moyens capables d’altérer durablement la biosphère, voire de compromettre sa propre survie. Les conséquences de nos choix se mesurent sur des décennies ou des siècles, et ceux qui les subiront ne sont pas encore nés. Il faut donc, selon Jonas, une éthique à la mesure de cette puissance nouvelle.
Un impératif inspiré de Kant
La formule fait écho à l’impératif catégorique de Kant (« Agis seulement d’après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle »), mais elle en déplace l’enjeu : il ne s’agit plus seulement de la cohérence logique de la maxime, mais des effets réels de l’action dans la durée. Jonas en propose d’autres versions, comme : « Ne compromets pas les conditions pour la survie indéfinie de l’humanité sur terre ». Un individu peut, selon lui, risquer sa propre vie ; il n’a pas le droit de mettre en jeu l’existence de l’humanité future.
La responsabilité envers les générations futures
Le cœur de la pensée de Jonas tient en une idée : nous avons des devoirs non seulement envers nos contemporains, mais aussi envers ceux qui viendront après nous. La vie humaine est fragile et périssable ; la protection de la nature devient une obligation morale, puisqu’elle est la condition d’une existence humaine digne et durable. Jonas propose aussi une « heuristique de la peur » : face à l’incertitude, il conseille de prendre au sérieux les scénarios les plus sombres plutôt que les promesses les plus optimistes.
Postérité : du livre au principe de précaution
Les idées de Jonas ont nourri le débat public sur l’environnement et sur les risques technologiques. Elles sont souvent rapprochées du principe de précaution, inscrit dans la Déclaration de Rio de 1992 et, en France, dans la Charte de l’environnement de 2005, adossée à la Constitution. Ce principe demande aux autorités de prendre des mesures proportionnées lorsqu’un dommage grave et irréversible est possible, même si les connaissances scientifiques ne permettent pas encore de le prouver avec certitude. La formule de Jonas reste ainsi une référence majeure de l’éthique environnementale contemporaine.



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