Qui s'y frotte s'y pique

« Qui s’y frotte s’y pique » est un proverbe français qui signifie que l’on s’expose à une riposte en s’attaquant à quelqu’un ou à quelque chose de redoutable. L’image est celle d’une plante ou d’un animal hérissé de piquants : on ne le touche pas impunément. L’expression est étroitement associée à la ville de Nancy et à la Lorraine, dont le chardon est l’emblème.
Sens et emplois
Le proverbe sert d’avertissement : il prévient un adversaire éventuel que toute attaque aura un prix. On l’emploie à propos d’une personne au caractère ombrageux, d’un pays prêt à se défendre ou d’un sujet délicat qu’il vaut mieux ne pas aborder à la légère. Il exprime moins une menace gratuite qu’une posture défensive : celui qui se pique n’attaque pas le premier, il fait payer l’agression.
Le chardon de Nancy et la devise latine
La ville de Nancy porte dans ses armoiries un chardon accompagné de la devise latine Non inultus premor, que l’on peut traduire par « on ne me touche pas impunément ». Sa traduction libre la plus courante est précisément « qui s’y frotte s’y pique ». Le chardon, plante aux feuilles épineuses, illustre parfaitement l’idée.
Cette devise est traditionnellement rattachée au souvenir de la bataille de Nancy, en janvier 1477. Le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, qui convoitait la Lorraine pour relier ses possessions du nord et du sud, y fut vaincu et trouva la mort devant la ville, face aux troupes du duc René II de Lorraine et de ses alliés suisses. La victoire assura l’indépendance du duché et fit du chardon un symbole de résistance lorrain.
Le lien avec Louis XI
La formule est parfois attribuée au roi Louis XI, qui régna de 1461 à 1483 et fut l’adversaire acharné de Charles le Téméraire. Le roi de France soutint en effet René II contre le duc de Bourgogne, et la mort de ce dernier lui permit de récupérer une partie des terres bourguignonnes. Cette attribution relève cependant de la tradition plus que d’un texte précis : l’usage la rattache avant tout à la Lorraine et à Nancy.
D’autres emblèmes piquants
- Le porc-épic fut l’emblème des ducs d’Orléans, puis du roi Louis XII, avec la devise Cominus et eminus, « de près et de loin », car on croyait alors que l’animal pouvait lancer ses piquants.
- L’Écosse a pour emblème le chardon et pour devise Nemo me impune lacessit, « nul ne me provoque impunément », qui exprime la même idée.
Ces devises, nées dans l’Europe des princes, montrent combien l’image de la plante ou de l’animal piquant a servi à signifier la puissance défensive. Le proverbe en a conservé la leçon dans la langue courante.



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