Les dés sont jetés: les dés sont ils jetés
Auteur : Jules César, en 49 av. J.-C.
« Les dés sont jetés » (en latin alea jacta est) est la phrase que Jules César aurait prononcée en janvier 49 av. J.-C., au moment de franchir le Rubicon avec ses troupes. Ce geste, illégal, ouvrait la guerre civile contre Pompée et le Sénat. Depuis, l’expression signifie qu’une décision irréversible vient d’être prise et qu’il faut en assumer les conséquences.
Le contexte : César contre le Sénat
Après la conquête de la Gaule, achevée en pratique avec la victoire d’Alésia en 52 av. J.-C., César est au sommet de sa puissance militaire. À Rome, son ancien allié Pompée s’est rapproché des sénateurs qui redoutent l’ambition du conquérant. Le Sénat exige que César abandonne son commandement et licencie son armée. En redevenant simple particulier avant d’avoir obtenu un nouveau consulat, il s’exposerait à des poursuites judiciaires.
Le passage du Rubicon
Le Rubicon est un petit fleuve côtier qui se jette dans l’Adriatique, au nord de Rimini. Il marquait la limite entre la province de Gaule cisalpine, que gouvernait César, et l’Italie proprement dite. La loi interdisait à un gouverneur de franchir cette limite à la tête de son armée : le faire revenait à se déclarer ennemi de la République. En janvier 49 av. J.-C., César passe pourtant le fleuve avec une légion, ce qui déclenche la guerre civile. Le tracé exact du Rubicon a longtemps été discuté ; le cours d’eau qui porte aujourd’hui ce nom n’a été officiellement désigné qu’au XXe siècle.
Qui a rapporté la phrase ?
La phrase ne figure pas dans le récit que César a lui-même laissé de ce conflit, La Guerre civile, qui ne mentionne pas non plus le passage du Rubicon. Rappeler l’épisode aurait été reconnaître l’illégalité de son geste. Nous la connaissons par des auteurs plus tardifs, qui écrivent plus d’un siècle et demi après les faits.
- L’historien latin Suétone, dans sa Vie de César, lui prête la formule latine et raconte qu’un personnage surgi de nulle part, après avoir joué du chalumeau, saisit la trompette d’un soldat, sonna la marche et passa sur l’autre rive : César y vit un signe des dieux.
- Le Grec Plutarque affirme que César prononça la phrase en grec, en reprenant un proverbe que l’on trouve chez le poète comique Ménandre.
Sens et traduction
Le latin alea désigne un dé, au singulier : la traduction littérale serait donc « le dé est jeté ». Le français a retenu « les dés sont jetés » ou « le sort en est jeté ». La version grecque rapportée par Plutarque signifie plutôt « que le dé soit lancé ». L’image est dans tous les cas la même : une fois le dé lancé, on ne peut plus revenir sur le coup. On emploie l’expression au moment d’un choix décisif, pour dire que la décision est prise et que l’issue ne dépend plus que du sort.



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