Hanne Darboven
Hanne Darboven (1941-2009) est une artiste allemande, figure de l’art conceptuel, connue pour d’immenses ensembles de feuilles couvertes de chiffres, d’écritures et d’images, fondés sur le calcul du temps et des dates. Son œuvre transforme l’écriture en une activité quotidienne, presque rituelle, qui devient elle-même l’œuvre.
Biographie d’Hanne Darboven
Née à Munich en 1941 et élevée à Hambourg, Hanne Darboven étudie à l’École supérieure des beaux-arts de Hambourg. Au milieu des années 1960, elle part pour New York, où elle fréquente les artistes minimalistes et conceptuels, notamment Sol LeWitt. C’est là qu’elle élabore les principes de son travail.
De retour en Allemagne à la fin des années 1960, elle s’installe dans la maison familiale de Hambourg, qu’elle transforme en atelier et en lieu de vie rempli d’objets de collection. Elle y meurt en 2009.
Écrire le temps avec des nombres
Le cœur de l’œuvre de Darboven est un système de calcul personnel : elle additionne les chiffres d’une date (jour, mois, année) et obtient une valeur qu’elle développe ensuite sur des feuilles de papier, en séries de chiffres, de mots ou de boucles d’écriture. Ces « constructions » couvrent des centaines, parfois des milliers de feuilles, présentées en grilles sur les murs.
Elle s’en est expliquée par une formule souvent citée : elle n’utilise que les nombres parce que c’est une façon d’écrire sans décrire, et elle insistait sur le fait que son travail n’a rien à voir avec les mathématiques. Le nombre n’est pour elle qu’un moyen stable et limité d’enregistrer le passage du temps.
Textes, images et histoire
À partir des années 1970, Darboven applique son système à des textes littéraires et historiques, qu’elle recopie ou transcrit. Elle intègre ensuite des photographies, des cartes postales, des coupures de presse et des objets, pour composer de véritables encyclopédies visuelles. L’ensemble le plus célèbre, Kulturgeschichte 1880-1983 (Histoire de la culture), réunit plus de mille cinq cents feuilles et une vingtaine de sculptures ; il est notamment présenté par la Dia Art Foundation, aux États-Unis.
De l’écriture à la musique
Vers la fin des années 1970, elle traduit ses calculs en partitions musicales, qui peuvent être jouées et enregistrées. Ses chiffres deviennent alors des notes, et le temps qu’elle mesurait sur le papier se fait durée sonore. Cette dimension musicale prolonge la logique de son œuvre sans en changer le principe.
Reconnaissance
Hanne Darboven a participé à plusieurs éditions de la documenta de Cassel et a représenté l’Allemagne à la Biennale de Venise de 1982. Son œuvre, d’abord jugée austère, est aujourd’hui considérée comme l’une des contributions les plus singulières de l’art conceptuel européen, à la croisée de l’écriture, de l’archive et de la mémoire.


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