Charles Simonds
Charles Simonds est un artiste américain né en 1945 à New York, connu pour ses « habitations » miniatures en argile, construites à partir de 1970 dans les rues de New York puis dans des musées. Ces architectures minuscules sont censées abriter une civilisation imaginaire, les Petits Hommes (Little People), dont l’artiste invente l’histoire. Son œuvre est souvent rapprochée du land art, dont elle offre une version à échelle réduite.
Formation
Charles Simonds étudie à l’université de Californie à Berkeley, puis à l’université Rutgers, dans le New Jersey, où il achève sa formation à la fin des années 1960. C’est à New York, sa ville natale, qu’il commence à bâtir ses premières habitations.
Les habitations des Petits Hommes
À partir de 1970, Simonds façonne avec de minuscules briques d’argile crue des villages, des tours, des labyrinthes et des ruines, qu’il installe dans les recoins des façades, les fissures des murs, au pied des immeubles ou dans les terrains vagues, en particulier dans le quartier du Lower East Side, à Manhattan. Exposées aux intempéries et aux passants, ces constructions sont éphémères : elles se dégradent ou disparaissent, comme les vestiges d’une civilisation éteinte. Leur forme évoque des sites archéologiques, des habitats troglodytiques ou des villages anciens à flanc de falaise.
Une civilisation imaginaire
Les Petits Hommes ne sont jamais représentés : seuls leurs habitats témoignent de leur passage. L’artiste leur a inventé des migrations, des croyances et des rites, qui puisent dans les mythes et les cultures anciennes et renvoient, par analogie, à l’histoire des sociétés humaines. Simonds s’intéresse à la relation entre le corps, la terre et l’habitat : dans une œuvre du début des années 1970, filmée et photographiée, il s’est lui-même recouvert d’argile pour faire de son corps un paysage sur lequel il bâtit une habitation.
Un art dans la rue
En installant ses œuvres dans l’espace public plutôt que dans les galeries, Simonds engage un dialogue avec les habitants, enfants et adultes, qui découvrent ces architectures au détour d’un mur. Cette dimension sociale tient une place importante dans sa démarche, attentive aux quartiers pauvres de New York et à leurs transformations. Ses habitations ont ensuite été présentées dans des musées et des collections publiques, et certaines y sont installées de façon permanente, dans un recoin du bâtiment.
Place dans l’art contemporain
L’œuvre de Charles Simonds se situe au croisement de la sculpture, de l’architecture, de l’anthropologie et de la performance. Elle partage avec le land art l’intérêt pour la terre comme matériau et pour l’inscription de l’œuvre dans un lieu, mais elle en renverse l’échelle : au lieu des immenses terrassements creusés dans le désert, de minuscules édifices qui obligent le spectateur à se pencher et à regarder attentivement. Elle interroge la fragilité des constructions humaines et la manière dont les civilisations naissent, s’installent puis disparaissent.



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