Chéri Samba
Chéri Samba est un peintre congolais né en 1956 à Kinto-M’Vuila, dans l’actuelle République démocratique du Congo, et l’une des figures les plus connues de la peinture populaire de Kinshasa. Ses toiles aux couleurs vives, où l’image se mêle à de longs textes, observent avec humour et sévérité la société africaine et les relations entre le Nord et le Sud.
Biographie de Chéri Samba
Né David Samba, il quitte son village au début des années 1970 pour Kinshasa, où il se forme auprès de peintres d’enseignes et de panneaux publicitaires. Il dessine aussi des bandes dessinées, une pratique qui marquera durablement sa peinture. Au milieu des années 1970, il ouvre son propre atelier dans la capitale et adopte la signature « Chéri Samba » à la fin de la décennie. Le pays s’appelait alors le Zaïre, nom qu’il a porté de 1971 à 1997 ; il était encore le Congo belge à la naissance du peintre.
Sa notoriété dépasse l’Afrique dans les années 1980. En 1989, il fait partie des artistes réunis à Paris par l’exposition « Magiciens de la Terre », présentée au Centre Pompidou et à la Grande Halle de la Villette, qui marque un tournant dans la reconnaissance des artistes non occidentaux. La Fondation Cartier pour l’art contemporain lui consacre en 2004 l’exposition « J’aime Chéri Samba ». Il vit et travaille à Kinshasa.
Un style qui associe l’image et le texte
La peinture de Chéri Samba est figurative, très colorée, d’un style volontairement direct qui doit beaucoup à l’affiche et à la bande dessinée. Sa marque la plus reconnaissable est l’insertion de textes dans la toile : bulles, légendes ou longs commentaires, rédigés en français ou en lingala, qui interpellent le spectateur et orientent la lecture de l’image. Le tableau se regarde et se lit à la fois.
L’artiste se met fréquemment en scène dans des autoportraits, où il apparaît tour à tour en observateur, en moraliste ou en personnage dont il se moque lui-même. Ce dispositif lui permet d’aborder des sujets graves sans renoncer à l’ironie.
Une critique de la société
Son ambition déclarée est de peindre des œuvres dans lesquelles chacun puisse se reconnaître facilement, et qui éveillent la conscience de ceux qui les regardent. Ses thèmes en découlent :
- la vie quotidienne à Kinshasa, ses petits métiers, ses rues et ses contradictions ;
- la corruption, l’argent et les rapports de pouvoir ;
- la santé publique, notamment la prévention du sida ;
- les relations entre Africains et Européens, et la place de l’artiste africain sur le marché de l’art international ;
- la condition de l’artiste lui-même, face aux collectionneurs et aux marchands.
Place dans l’art africain contemporain
Avec d’autres peintres de Kinshasa comme Moké ou Chéri Chérin, Chéri Samba a contribué à faire connaître ce qu’on appelle la peinture populaire congolaise, née hors des académies et destinée d’abord à un public local. Ses œuvres figurent dans de grandes collections, en particulier celle de Jean Pigozzi, consacrée à l’art africain contemporain, et celle de la Fondation Cartier. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des artistes africains majeurs de sa génération, dont le travail a su toucher à la fois le public de Kinshasa et celui des musées occidentaux.


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