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La justice et le droit : Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître , s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir

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La justice et le droit : Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître , s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir

166Souvent le pouvoir se conquiert par la force, du nombre ou des armes, mais il ne saurait compter sur elle pour régner. En effet, remarque Rous­seau, la domination engendre son propre renversement : en imposant la logique des rapports de force, elle est nécessairement exposée à rencontrer, puis à être remplacée, par plus fort qu’elle. Comment, dès lors, fonder durablement un pouvoir ?

La loi du plus fort est précaire car elle n’est pas un droit. Sans cesse contestée dans son bien-fondé, elle s’épuise à se maintenir en place en déployant l’arsenal de la violence (intimidation, répression, terreur) pour endiguer les rébellions qu’elle suscite. En revanche, une puissance autorisée, parce que reconnue dans sa justice, peut s’assurer l’adhésion volontaire de ses sujets. Ceux-ci n’obéissent plus alors par contrainte, mais par devoir, et c’est leur vertu qui les conduit au respect des lois.

Pourtant, si cette formule s’adresse à ceux qui aspirent à fonder un État légitime, elle peut également être entendue par les tyrans et despotes de toute sorte. À leurs yeux, peu importe que les raisons d’obéir soient véritablement justes, pourvu qu’elles apparaissent comme telles. Si bien qu’en prenant le masque du droit, le pouvoir peut dissimuler l’arbitraire ou la brutalité de son origine, et récolter les fruits d’une légiti­mité inventée. L’avantage est loin d’être négligeable. L’histoire politique montre que ce sont les dictateurs qui ne cessent de se prétendre démocrates… mais jamais le contraire !

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